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Avoir un hémisphère cérébral dominant est-il un avantage ?


​Les chercheurs du Groupe d’imagerie Neurofonctionnelle (GIN – CNRS / université de Bordeaux / CEA) ont mis en évidence que les sujets dont le langage n’est pas latéralisé dans un hémisphère cérébral (hémisphère dit « dominant ») ont de moins bonnes performances cognitives dans des domaines qui ne sont pas limités au langage. Ce résultat souligne l’avantage de la division du travail entre les hémisphères et le bénéfice de leur spécialisation. Cette étude est publiée dans la revue Neuropsychologia.

Publié le 18 décembre 2014

​Nos deux hémisphères cérébraux ne jouent pas le même rôle dans les facultés intellectuelles. La spécialisation hémisphérique désigne le fait que certaines fonctions cognitives sont hébergées préférentiellement par un hémisphère cérébral. Il est par exemple classique d’attribuer à l’hémisphère gauche un rôle privilégié dans les fonctions langagières tandis que l’hémisphère droit est impliqué dans les fonctions qui mobilisent l’attention spatiale. On attribue souvent ce partage des tâches à une pression de sélection, considérant que cette spécialisation est le fruit d’un avantage évolutif. Pourtant, la nature et même l’existence de cet avantage sont loin d’être établies. Il a été postulé que les performances cognitives sont meilleures lorsque le degré de latéralisation hémisphérique est plus important mais les études menées jusqu’à présent ont fourni des résultats contradictoires ne permettant pas de valider cette hypothèse.


Pour la vérifier, les chercheurs du Groupe d’imagerie Neurofonctionnelle ont mis en relation la spécialisation hémisphérique déterminée avec précision par IRM et une évaluation exhaustive des performances cognitives dans un large échantillon de sujets. Pour cela, ils ont mesuré en IRM fonctionnelle le degré de la latéralisation hémisphérique dans une tâche de langage chez 297 participants dont 153 gauchers. Il a ainsi été possible de classer les sujets en trois catégories : les sujets qui présentaient classiquement une forte latéralisation gauche de l’activité cérébrale pendant cette tâche (84% de l’ensemble des participants), les sujets qui montraient une répartition de l’activité sur les deux hémisphères (12,5%) et les sujets très atypiques présentant une activité fortement latéralisée à droite (3,5%). Les performances cognitives de tous ces sujets ont été évaluées à l’aide de 12 épreuves quantifiant la plupart des aspects de la cognition tels que la manipulation verbale, la mémoire verbale et spatiale, l’orientation topographique, la logique… Une analyse a permis de réduire les scores à ces 12 tests à trois facteurs : le langage, la cognition visuo-spatiale et la mémoire.

Les chercheurs ont ainsi mis en évidence pour la première fois que les sujets sans dominance hémisphérique pour le langage présentaient des scores significativement inférieurs aux sujets dont l’hémisphère dominant est à gauche ou à droite. Cette différence n’était pas confinée au domaine langagier mais concernait également la cognition visuo-spatiale et la mémoire. Cet effet était indépendant du fait d‘être gaucher ou droitier.

Ces résultats suggèrent que le degré de latéralisation pour le langage reflète des variations dans l’organisation globale du cerveau. La latéralisation hémisphérique semble donc bien conférer un avantage cognitif quelle que soit sa direction puisque qu’il n’y avait pas de différence entre les scores des sujets dont l’hémisphère dominant pour le langage est à gauche et ceux pour lesquels il est à droite. Il faut néanmoins garder à l’esprit que l’effet du degré de latéralisation hémisphérique est petit au regard de celui du nombre d’années d’études qui va de pair avec une augmentation des scores et celui de l’âge qui s’accompagne d’une diminution des performances.​

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