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Première démonstration du rôle de l’épigénétique dans l’hérédité des caractères complexes chez la plante


​La génétique des caractères complexes vit un essor considérable depuis ces dernières années. En effet, avec l’avènement des nouvelles techniques de séquençage du génome, il est théoriquement possible d’identifier l’ensemble des différences génétiques existant entre individus, comme celles responsables de la susceptibilité plus ou moins grande aux maladies. Aujourd’hui, une étude menée par une équipe internationale, impliquant notamment des chercheurs du CNRS, de l’ENS de l’Inserm et du Génoscope (CEA-IG/Evry) remet en question cette vision en apportant pour la première fois la preuve que l’héritabilité des caractères complexes peut reposer sur des variations d’ordre épigénétique et non pas nécessairement sur des variations de la séquence de l’ADN.
Ces travaux sont publiés en ligne le 6 février dans la revue Science.

Publié le 7 février 2014

​L’épigénétique est une nouvelle branche de la biologie qui s’intéresse aux changements d’expression des gènes transmissibles au travers des divisions cellulaires, voire des générations, indépendamment de tout changement de la séquence ADN. Une équipe dirigée par Vincent Colot, en collaboration avec deux équipes de l’INRA, a créé il y a plusieurs années une population unique de lignées dites « epiRILs » (epigenetic recombinant inbred lines) chez la plante modèle Arabidopsis. Ces lignées possèdent toutes un même génome ou presque, mais présentent de très nombreuses différences d’ordre épigénétique tout au long de celui-ci. De fait, de très nombreuses régions du génome peuvent exister dans l’un ou l’autre de deux états stables, méthylé ou non méthylé[1].

Récemment l’équipe de Vincent Colot s’est notamment associée à des chercheurs du CNRS, de l’ENS de l’Inserm et du Génoscope (CEA-IG/Evry) et apporte aujourd’hui la preuve qu’un petit nombre des variations épigénétiques entre lignées sont à elles seules responsables de plus de 90% des différences héritables mesurées entre elles pour deux caractères complexes, le temps à la floraison et la taille de la racine primaire.

[1] La méthylation de l’ADN est une marque épigénétique parce qu’elle est une modification stable qui laisse inchangée la séquence de l’ADN.

De plus, les chercheurs montrent que certaines de ces variations épigénétiques sont également retrouvées dans les populations naturelles d’Arabidopsis. Ces observations remettent donc en cause le dogme selon lequel les différences génétiques entre individus sont à rechercher dans la seule séquence de leur génome. De fait, elles apportent un possible élément de réponse au problème de « l’héritabilité manquante » auquel sont confrontées la plupart des analyses de génétique humaine fondées sur l’identification systématique des variations de la séquence ADN entre individus.

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