Dossier | Énergie | Effet De Serre
Modeliser pour sonder le futur (4/9)
Grâce aux supercalculateurs, les chercheurs simulent des mondes virtuels pour anticiper les climats futurs. Ces modèles constituent des outils incontournables pour quantifier les risques du réchauffement planétaire.
Mis à jour en septembre 2006
Effet De Serre
- L'homme et l'effet de serre
- Les gaz incriminés dans le réchauffement de la planète
- Creuser pour connaître le passé
- Modeliser pour sonder le futur
- Zones d'ombre sur le cycle du carbone
- Prendre l'air pour comprendre le présent
- Climats et décisions
- Energie nucléaire et effet de serre
- Des pistes utopiques
Une reconstitution précise des environnements Ainsi, une simulation démarre avec une Terre autour de laquelle règne une même température. Les différences d’ensoleillement, les courants marins et atmosphériques qui se créent, reconstruisent le climat réel. Les modèles sont même capables de reconstituer les climats de Mars ou de Titan ! À terme, le modélisateur doit confronter sa créature virtuelle au monde réel. Si le modèle ne correspond pas à la réalité, il faut savoir pourquoi : un phénomène important a-t-il été négligé ? Un événement a-t-il été sous-estimé ? Lorsque le modèle reproduit assez fidèlement la réalité actuelle, il peut être utilisé pour prédire le climat futur en fonction des contraintes que l’Homme impose à la planète, telle qu’une augmentation de dioxyde de carbone dans l’atmosphère. « Ces modèles fonctionnent grâce aux équations fondamentales de la mécanique des fluides (gaz ou liquide), explique Hervé Le Treut. Néanmoins, si les phénomènes à la base du climat sont connus, les modèles sont encore imparfaits, et nous sommes limités par la puissance de calcul des ordinateurs. » Aujourd’hui encore, les calculs en chaque point de la Terre sont impossibles. Les chercheurs simplifient donc le problème en quadrillant la Terre en carrés de 300 kilomètres de côté dans atmosphère et 200 kilomètres dans l’océan. Verticalement, l’atmosphère est divisée en 0 niveaux, et l’océan en 40. Le modélisateur constitue ainsi des volumes. Pour chacun d’eux, sont définies des caractéristiques de température, d’humidité, de courants, de salinité, de pression, d’évolution du vent. Les modèles font communiquer les volumes entre eux, construisant ainsi des climats simplifiés, qui traduisent pourtant la complexité du réel. Grâce à l’amélioration constante des moyens de calcul, les modèles ont cependant beaucoup progressé. Les premiers ne prenaient en compte que l’atmosphère. Ils intègrent maintenant les océans, qui jouent un rôle prépondérant dans les phénomènes climatiques, tel El Niño. Un véritable travail d'équipe Les modèles les plus récents intègrent progressivement les échanges avec la biosphère. En effet, végétation et phytoplancton sont fortement impliqués dans les cycles du carbone ou de l’eau. Bien sûr, ce ne sont pas de petits ordinateurs de bureau qui réalisent de tels calculs : les moyens informatiques sont considérables. « Sans compter qu’un modèle nécessite une trentaine de personnes qui travaillent ensemble pendant dix ans, raconte Hervé Le Treut. Avec la prise en compte des phénomènes biologiques, il faudra une équipe de 60 chercheurs ! Aucun d’eux ne crée un modèle de bout en bout, mais chacun y apporte sa contribution. » La simulation permet de retrouver les grands traits d’évolution du climat actuel. En effet, le modèle acquiert rapidement sa vie propre et indépendante. Comme un frère jumeau : identique, mais menant une vie différente. Les scientifiques sont beaucoup plus unanimes qu’on ne le pense habituellement. Tous les modèles s’accordent sur trois points : le réchauffement général de la planète est très probable, et se traduira par une augmentation de température plus importante aux hautes latitudes qu’à l’équateur. D’autre part, les climats secs seront encore plus secs, et les climats humides s’intensifieront, avec des précipitations plus violentes. Enfin, le relèvement du niveau des mers est presque certain, non seulement à cause de la fonte des glaces, mais également par un phénomène de dilatation de l’eau plus chaude. Au-delà de ces quasi-certitudes, les différents modèles divergent quant aux prévisions régionales. Un scénario encore incertain « Une grande part de l’incertitude sur les prévisions climatiques correspond en fait à une incertitude économique, note Sylvie Joussaume, climatologue au laboratoire des sciences du climat et de l’environnement.
Ces petites particules, émises entre autres par les volcans et les industries, refroidissent le climat. Leur diminution dans l’atmosphère expliquerait les dernières prévisions du GIEC revues à la hausse par rapport à celles de 1995, où la température augmentait au plus de 3,5°C. De nombreuses améliorations restent à faire sur les modèles actuels, même sur la compréhension du passé. « Nous comprenons mal les petites variations, qui ont lieu sur quelques dizaines ou centaines d’années, remarque Sylvie Joussaume. Nous devons, par exemple, mieux simuler le “petit âge glaciaire” , une époque particulièrement rigoureuse du XVIIe au XIXe siècle. Il nous faut aussi mieux prévoir les événements extrêmes, tempêtes, inondations et sécheresses. » Si les tendances générales sont bien connues, les variations locales restent à préciser. Enfin, si les climatologues comprennent bien le réchauffement, ils ont plus de mal à prédire les changements de précipitations. Les ordinateurs ne sont pas prêts de tourner au ralenti ! |
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