Dossier | La radioactivité | L'imagerie médicale
Les principes et les outils - Première Partie (1/6)
La médecine nucléaire repose sur l’utilisation d’isotopes radioactifs à des fins diagnostiques et thérapeutiques. Son essor n’aurait pas été possible sans les acquis de la physique atomique et nucléaire. Parmi les découvertes décisives, celle des radioéléments artificiels par Irène et Frédéric Joliot en 1934. À cette époque et pour la première fois, un isotope radioactif de courte durée de vie est créé.
Les isotopes, qu’ils soient naturels ou synthétiques, possèdent les mêmes propriétés chimiques que leurs homologues non radioactifs. Seule différence : ils sont instables et cette instabilité provoque une désintégration qui se traduit par l’émission de rayonnements. Il suffit alors de disposer d’outils de détection appropriés pour les suivre à la trace. Cette notion de traceur date de 1913. Elle fut inventée par George de Hevesy et se trouve à la base du concept fondateur de la médecine nucléaire. En découvrant les moyens de produire des isotopes radioactifs, Irène et Frédéric Joliot offraient à la recherche en biologie des outils nucléaires d’une efficacité sans équivalent.
La médecine nucléaire et l’imagerie fonctionnelle sont aujourd’hui les seules techniques susceptibles d’apporter des informations extrêmement précises sur les organismes vivants de manière non traumatique, et sans en perturber les grands équilibres. La tomographie par émission de positons (TEP) et l’imagerie par résonance magnétique nucléaire (IRM) constituent les principales techniques d’imagerie mises en œuvre au CEA dans le cadre des recherches en neuro-imagerie. Ces techniques connaissent aujourd’hui un essor important et se révèlent de plus en plus indispensables aux neurosciences mais aussi à l’innovation thérapeutique ou encore à la cancérologie.
Mis à jour en novembre 2007
L'imagerie médicale
L'histoire de l'imagerie médicale en quelques dates.
| 1895 W. Röntgen, physicien allemand, découvre les rayons X. |
1896 H. Becquerel, physicien français, découvre que l’uranium émet des rayonnements invisibles (différents des rayons X). Il donne le nom de “radioactivité” à ce phénomène. |
1898 P. et M. Curie, physiciens français, isolent le polonium et le radium, deux éléments radioactifs jusqu’alors inconnus, présents dans le minerai d’uranium. Le prix Nobel de physique leur est décerné, ainsi qu’à Henri Becquerel, en 1903. |
| 1839 L’Anglais William R. Grove découvre le principe de la pile à combustible : il s’agit d’une réaction chimique entre l’hydrogène et l’oxygène avec production simultanée d’électricité, de chaleur et d’eau. |
1939-1953 L’Anglais Francis T. Bacon fait progresser les générateurs chimiques d’électricité, qui permettent la réalisation du premier prototype industriel de puissance. |
1960 À partir de cette date, la Nasa utilise la pile à combustible pour alimenter en électricité ses véhicules spatiaux (capsules Apollo et Gemini). |
| 1913 G. C. de Hevesy, chercheur hongrois, utilise le radium, isotope radioactif naturel, pour en étudier sa distribution dans le corps d’un mammifère, il s’agit du premier traceur. |
1928 H. Geiger et W. Müller créent le premier compteur de particules chargées. |
1930 E. O. Lawrence, physicien américain, met au point un accélérateur électromagnétique de haute fréquence, procédé; qui sera ensuite repris pour le cyclotron. |
| 1935 I. et F. Joliot, physiciens français, reçoivent le prix Nobel pour leur découverte des isotopes radioactifs en 1934. Lors de la conférence de remise du prix, Frédéric Joliot déclare : « La méthode des indicateurs employant des radioéléments synthétiques trouvera probablement des applications pratiques en médecine. » George de Hevesy utilise le phosphore 32 pour montrer que la formation des os est un processus impliquant en permanence des pertes et des remplacements. Ses travaux sur les traceurs seront récompensés en 1943 par un prix Nobel de chimie. |




TECHNIQUES BASÉES SUR LES RAYONNEMENTS COURAMMENT UTILISÉS EN MÉDECINE
Les premiers outils développés utilisent les rayons X pour la radiographie médicale. Dès décembre 1895, W. C. Röntgen, découvreur des rayons X, réalise une première radiographie de la main de sa femme. Cette technique met en œuvre la capacité des rayons X à traverser le corps humain en étant plus ou moins absorbés selon la nature des tissus traversés (les os étant plus opaques et les muscles plus transparents). Ce type de rayonnement permet donc d’effectuer des radiographies afin, par exemple, de déceler une fracture ou des tissus endommagés par une maladie (par exemple, radiographies pulmonaires).
Le scanner permet de réaliser des images en coupe du corps humain. Il utilise des rayons X mais, à la différence de la radiographie traditionnelle, le film photographique est remplacé par des capteurs. Les images sont reconstruites dans un second temps.
La scintigraphie utilise une petite quantité de radioéléments qui sont injectés par voie veineuse et se fixent préférentiellement sur l’organe à étudier. L’isotope émet des rayonnements, recueillis et analysés par une gamma-caméra couplée à un ordinateur. Cette technique très sensible est utilisée dans l’exploration de la thyroïde, du squelette (scintigraphie osseuse) ou en cardiologie pour évaluer le fonctionnement du cœur (tomoscintigraphie myocardique).
TOMOGRAPHIE PAR ÉMISSION DE POSITONS (TEP) ET TOMOGRAPHIE PAR ÉMISSION DE SIMPLE PHOTON (TEMP)
Utilisation des traceurs radioactifs
Dans son principe, la médecine nucléaire consiste à administrer par voie intraveineuse une molécule marquée avec un isotope radioactif afin de suivre, par détection externe, le fonctionnement normal ou pathologique d’un organe.
Les traceurs radioactifs présentent les mêmes propriétés physico-chimiques que leurs homologues non radioactifs si ce n’est qu’ils possèdent la particularité d’émettre un rayonnement. Ils servent donc de balise pour suivre, à l’aide d’outils de détection appropriés, le cheminement d’une molécule préalablement marquée dans l’organisme. Les valeurs ainsi recueillies sont ensuite analysées et transformées à l’aide d’un modèle mathématique afin de permettre la reconstruction à l’écran d’une image représentant la position du radiotraceur dans l’organisme. L’essor de cette technique d’imagerie tient au fait qu’il s’agit d’une méthode unique renseignant de façon non traumatique sur la physiologie et le fonctionnement des organismes vivants.
Production des isotopes radioactifs
Les atomes radioactifs de courte durée de vie, nécessaires pour l’imagerie nucléaire, sont obtenus à l’aide d’un cyclotron.
Le cyclotron est un accélérateur électromagnétique de haute fréquence mis au point en 1929 par Ernest Orlando Lawrence aux États-Unis. Dans son principe, le cyclotron utilise l’action combinée d’un champ magnétique et d’un champ électrique pour délivrer un faisceau de particules accélérées. Ces particules, électriquement chargées (protons, deutons), sont introduites au centre d’une enceinte où règne un vide très poussé. Elles décrivent une trajectoire en spirale depuis le centre du cyclotron jusqu’aux bords tandis que leur vitesse s’accroît. Elles parcourent ainsi plusieurs tours avant d’être extraites de l’accélérateur puis projetées à très grande vitesse sur une cible située à quelques mètres. Il se produit alors des transmutations avec production d’isotopes radioactifs et des désintégrations d’atomes, lesquels retrouvent un état stable en émettant un rayonnement.
Choix et production des radiopharmaceutiques
Une fois produit, l’atome radioactif est incorporé dans une molécule choisie en fonction de ses capacités à marquer un paramètre biologique donné : métabolique, physiologique ou encore médicamenteux. L’isotope incorporé sert de balise pour repérer le devenir de la molécule concernée dans l’organisme. La production de radiopharmaceutiques nécessite des compétences spécifiques en radiochimie ainsi que des installations particulières, du même type que les salles blanches. La courte durée de vie de certains isotopes utilisés en médecine (tomographie par émission de positons) impose que cyclotron, laboratoires de radiochimie et appareillage d’imagerie se situent à proximité. Pour être utilisable en médecine, l’isotope doit remplir certaines conditions :
- délivrer une dose d’irradiation la plus faible possible ;
- avoir une durée de vie dans l’organisme courte mais suffisante pour permettre une observation physiologique ;
- émettre un rayonnement qui présente le plus d’innocuité possible et soit décelable à l’extérieur du corps.
L’imagerie par tomographie par émission de positons (TEP)
Une fois produit, le radiotraceur est injecté au patient, en général par voie intraveineuse. Lorsque l’atome radioactif se désintègre, le positon émis parcourt un trajet de quelques millimètres dans l’organisme avant de se combiner avec un électron. Les deux particules s’annihilent et donnent naissance à l’émission simultanée de deux photons gamma en ligne droite et dans deux directions opposées. Cette paire de photons est recueillie par la couronne de détecteurs de la caméra à positons située autour du patient. Les différentes désintégrations provenant du même site sont recoupées au moyen de droites dont l’intersection correspond à la région émettrice. Cette particularité permet, d’une part, de localiser très précisément le traceur dans l’organisme et, d’autre part, elle fait de l’imagerie par tomographie par émission de positons une méthode quantitative.
L’ensemble des données est enregistré, analysé et transformé mathématiquement. Des algorithmes de corrections sont utilisés pour tenir compte des phénomènes de diffusion et d’absorption des rayons gamma par les tissus. Ces opérations faites, la position du radiotraceur au sein d’une “tranche” de quelques mm d’épaisseur de l’organe examiné est ainsi reconstruite sur ordinateur. Par combinaison de tranches successives, on peut obtenir des images tridimensionnelles. Par la suite, à l’aide d’un modèle mathématique, les valeurs locales de radioactivité sont transformées en paramètres tels que le débit sanguin, la vitesse de réaction chimique, la densité de récepteurs d’un neurotransmetteur…
CHOIX DES RADIOPHARMACEUTIQUES
Les radiotraceurs utilisent différentes structures chimiques ou molécules biologiques parmi lesquelles :
• des molécules d’eau (observation des variations du débit sanguin) ;
• une molécule proche du glucose, le FDG (mesure de la consommation de sucre) ;
• des acides aminés (synthèse protéique) ;
• des molécules à usage diagnostique ou thérapeutique (localisation et évaluation de l’efficacité de médicaments).
