Actualité | Recherche fondamentale

Les ours de la grotte Chauvet : de l’art pariétal à l'analyse génomique

Les biologistes du CEA ont pu analyser l'ADN des ours des cavernes de la grotte Chauvet
Des chercheurs de l’Institut de Biologie et Technologies du CEA de Saclay (iBiTec-S) et de l’équipe pluridisciplinaire chargée de l’étude de la grotte Chauvet-Pont d’Arc, à laquelle participent des chercheurs du CNRS, viennent, à partir d’os provenant de la grotte, de séquencer l’ADN mitochondrial de l’ours des cavernes, espèce éteinte depuis 15 000 ans.

28 Octobre 2008

Ces études de génomique démontrent que le dernier ancêtre commun à l’ours des cavernes et l’ours brun vivait il y a environ 1,6 million d’années. Ces travaux viennent d’être publiés en ligne par la revue Proceedings of the National Academy of Sciences of USA le 27 octobre.

Connue pour ses peintures pariétales* exceptionnelles, la grotte Chauvet-Pont d’Arc, qui est affectée au ministère de la Culture et de la Communication et protégée au titre des monuments historiques, est également un site riche en ossements d’ours des cavernes. Leur datation par la méthode du carbone-14 a montré que ces ours étaient présents dans la grotte il y a 32 000 ans. L’exceptionnelle conservation des ossements a permis aux biologistes d’en analyser l’ADN et ainsi de faire de nouvelles avancées sur l’étude des espèces éteintes et la phylogénie** des ours.

Jean-Marc Elalouf de l'Institut de biologie et technologies du CEA a participé à l'étude génomique des ossements des ours de la Grotte Chauvet. Il revient sur cette étude et leurs résultats.
(durée : 2'30)


La mitochondrie contient un ADN, plus petit que celui du noyau de la cellule, qui fournit une information précise concernant l’évolution des organismes. Ainsi, il se comporte comme une « horloge moléculaire » qui permet de définir à quelle époque deux espèces ont divergé. Cependant la conservation de l’ADN est limitée dans le temps et, jusqu’à ce jour, les tentatives d’analyse de l’ADN mitochondrial de l’ours des cavernes reposaient essentiellement sur l’étude de très petits fragments. Les chimistes de l’iBiTec-S ont identifié un échantillon dans lequel la matière organique était particulièrement bien préservée. Les biologistes ont ensuite purifié, amplifié et séquencé l’ADN de cet échantillon. Ils ont ainsi caractérisé un génome mitochondrial complet composé de 17 000 nucléotides. La comparaison de ce génome avec celui d’ours actuels par analyse informatique permet d’établir avec une grande précision la phylogénie de la lignée ursine. Ce résultat montre que le dernier ancêtre commun à l’ours des cavernes et l’ours brun, l’espèce la plus proche, vivait il y a 1,6 million d’années.

Les datations par le carbone 14 avaient permis d’établir des coopérations entre physiciens, archéologues et paléontologues. L’analyse génomique qui vient d’être réalisée montre de façon spectaculaire le rôle que peuvent jouer les biologistes dans l’étude de sites majeurs. C’est dans cet esprit de pluridisciplinarité que l’équipe de recherche de la grotte Chauvet a été créée.



Ces travaux ont été financés par le CEA et le Ministère de la Culture et de la Communication


--------------------------------------------------------
Référence de l’article :
Bon C, Caudy N, de Dieuleveult M, Fosse P, Philippe M, Maksud F, Beraud-Colomb E, Bouzaid E, Kefi R, Laugier C, Rousseau B, Casane D, van der Plicht J, Elalouf  JM (2008) Deciphering the complete mitochondrial genome and phylogeny of the extinct cave bear in the Paleolithic painted cave of Chauvet. Proc. Natl. Acad. Sci. online the 27th of october 2008.
--------------------------------------------------------
Référence des équipes de recherche :
Institut de Biologie et Technologies de Saclay, Service de Biologie Intégrative et Génétique
Moléculaire, CEA Saclay, 91191 Gif-sur-Yvette cedex France


*Peintures pariétales, peintures qui sont réalisées sur les parois d’une grotte.
**Phylogénie : étude des relations entre organismes vivants, permettant d’établir leur histoire évolutive.


Communiqué commun CEA/CNRS

Envoyer cet article par e-mail

* Champ obligatoire