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La chimie verte, interview

Stéphane Sarrade, Chef du département de physico-chimie au CEA
Questions sur la chimie verte à Stéphane Sarrade, Chef du département de physico-chimie au CEA. Alors que le Développement durable intervient de plus en plus dans tous les domaines de la vie quotidienne, la chimie, non plus, n’est pas épargnée. Explications.

4 Mai 2011

Comment définir la chimie verte ?

Le concept est né à la fin des années 90 aux Etats-Unis, et repose sur quatre grandes idées. La première, fondatrice, est d’utiliser au maximum la matière première pour l’économiser et générer le moins possible de sous produits, ces derniers devant être recyclables. Il faut également privilégier les matières premières renouvelables aux matières premières fossiles. La deuxième est de remplacer les solvants toxiques et dangereux, tels que le chloroforme, le benzène, le trichloréthylène, par des solvants propres tels que le CO2 supercritique ou l’eau sous pression. La troisième concerne l’énergie, pour une meilleure utilisation en termes de rendement, d’économie de sources et de rejets. La dernière traite des déchets et des effluents. Il y en aura toujours. Il faut donc, lors de la conception de procédés industriels, faire en sorte qu’ils puissent constituer une matière première recyclable. Et rendre inerte, c'est-à-dire non réactive, la quantité minimale de déchets qui resterait.

Dans quels secteurs ses principes sont-ils appliqués ?

La chimie verte est aujourd’hui principalement mise en œuvre dans les industries de l’agroalimentaire et de la pharmacie, où les produits finaux doivent être indemnes de la moindre trace de solvant et où les matières premières sont en majorité renouvelables. Par exemple, depuis près de 50 ans, la caféine est extraite du café grâce au CO2 supercritique, puis vendue pour être recyclée auprès des fabricants de cola et de l’industrie pharmaceutique. Et ce "déchet", le café décaféiné, est plus cher que le produit final ! Le génie génétique s’inscrit aussi dans une démarche de chimie verte. Les bactéries qu’il permet d’obtenir, considérées comme matière première renouvelable, peuvent produire des molécules, comme l’insuline ou l’artémisinine (principe actif des médicaments anti paludisme) sans générer les effluents liés aux très nombreuses étapes de synthèse.

Pourquoi la chimie verte n’est elle pas plus généralisée ?

Jusqu’au début des années 2000, la chimie verte faisait face à des blocages culturels et financiers. Avec l’augmentation du prix du baril de pétrole, les considérations environnementales et climatiques de plus en plus prises en compte, la tendance a commencé à changer. « Nous vivons dans un monde fini » disait Paul Valéry au début du XXe siècle. Nous en prenons conscience aujourd’hui. D’autant plus qu’à l’horizon 2050, la population mondiale devrait passer de 6 milliards à 9 milliards d’habitants. Il faudra, de fait, produire plus dans tous les domaines tout en mobilisant moins de matière première. La Chimie verte devrait se généraliser avec les progrès scientifiques et technologiques, dans les domaines des énergies et des procédés industriels. Un exemple positif : la société française Arkema fabrique un plastique, le rilsan, non pas à partir du pétrole mais d’une plante, le ricin.



Propos recueillis par Claire Abou, Les Défis du CEA n°160, rubrique "Ils en parlent"






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