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Création d’un champ magnétique dans un fluide turbulent : vers une compréhension de l’origine des champs magnétiques naturels
Comprendre l’origine et le comportement du champ magnétique des planètes et des étoiles est l’objet de travaux menés par de nombreuses équipes du monde entier. La collaboration VKS (CEA, CNRS, Ecole normale supérieure de Lyon , Ecole normale supérieure de Paris ) a réussi à créer en laboratoire un champ magnétique dans un écoulement très turbulent de sodium liquide. Bien que les conditions extrêmes propres aux milieux astrophysiques et géophysiques ne soient pas toutes réalisables en laboratoire, le champ magnétique observé présente des similarités remarquables avec les champs cosmiques. Le résultat obtenu constitue une avancée significative dans la compréhension des mécanismes en jeu dans la genèse des champs magnétiques naturels. Il est publié dans Physical Review Letters du 26 janvier 2007.
Publié le vendredi 26 janvier 2007
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La plupart des objets astrophysiques qui nous entourent (planètes, étoiles, galaxies) possèdent un champ magnétique dont l’origine est mal connue. Ces champs magnétiques peuvent jouer un rôle important dans l’évolution de différentes structures au sein de l’univers. Le champ magnétique terrestre, très probablement créé par le mouvement du fer liquide du noyau, aligne les aiguilles des boussoles et nous protège des effets nuisibles du rayonnement cosmique et du vent solaire.
Dès 1919, Larmor émet l’hypothèse que le champ magnétique du soleil est engendré par un effet « dynamo », c’est à dire par les mouvements d’un fluide conducteur de l’électricité. Du fait de leur caractère très désordonné (turbulent), l'analyse des écoulements géophysiques et astrophysiques est au delà des capacités actuelles des simulations numériques et met en échec, jusqu'à présent, les approches théoriques. Seule l'expérience permet d'approcher le phénomène dynamo avec des paramètres similaires à ceux des objets naturels. A la suite de celles effectuées en 2000 par des équipes à Riga et Karlsruhe, l’enjeu pour les physiciens était de montrer que des mouvements pleinement turbulents d’un liquide conducteur de l’électricité pouvaient engendrer spontanément un champ magnétique.
La collaboration VKS étudie depuis 1998 un écoulement fortement turbulent produit par le mouvement de deux turbines tournant en sens inverse dans un cylindre rempli de sodium liquide[1]. Ce fluide est un excellent conducteur de l’électricité tout en ayant une densité proche de celle de l’eau, à la différence de nombreux autres métaux, beaucoup plus lourds. En septembre 2006, l’expérience VKS2 a montré que lorsque les turbines tournent à une vitesse supérieure à une vitesse critique (1020 tours/minute), cet écoulement engendre spontanément un champ magnétique. C’est la première fois que de tels résultats sont observés en milieu très turbulent.
Ce résultat prouve que les dynamos fluides continuent à opérer en présence de turbulences fortes, telles qu’elles existent dans les conditions naturelles. La réalisation en laboratoire de cette expérience dynamo ouvre de nombreuses perspectives. Elle permet notamment l’étude du bilan énergétique de la production de champ magnétique ainsi que celle de sa dynamique. Peut être sera-t-il ainsi possible de comprendre l’origine des oscillations pseudo-périodiques du cycle solaire ou des renversements irréguliers de champ magnétique terrestre.

Deux turbines tournant en sens inverse mettent en mouvement 160 litres de sodium placés dans un cylindre thermostaté. Ainsi que le montre la courbe, au delà d’une vitesse critique de l’ordre de 1000 tours/min, les courants électriques qui apparaissent spontanément dans le fluide conducteur engendrent un champ magnétique intense. Pour comparaison, le champ magnétique terrestre est de l’ordre de 1 gauss [G]).
© Collaboration VKS
© Collaboration VKS
[1] L'expérience VKS est réalisée au CEA/Cadarache, au Département de technologie nucléaire de la Direction de l’énergie nucléaire
VKS : Von Karman (physicien qui donna son nom à l’écoulement réalisé) Sodium (fluide utilisé dans ces expériences)
CEA : Service de physique de l’état condensé du CEA, équipe de François Daviaud
CNRS : Laboratoire de physique de l’Ecole normale supérieure de Lyon, (cnrs, ENS Lyon), équipe de Jean-François Pinton
ENS : Laboratoire de physique statistique de l’Ecole normale supérieure, (Cnrs, ENS Paris, Universités Paris VI, et Paris VII), équipe de Stephan Fauve
Communiqué commun : cea/cnrs/ENS Paris/ENS Lyon
Pour en savoir plus
- Le site internet du Département de recherche sur l'état condensé, les atomes et les molécules (Drecam)
Voir aussi :
- Derniers communiqués [26 Janvier 2007]
- La dynamique du champ magnétique terrestre reproduite en laboratoire [29 Mars 2007]
- Prix de l'Académie des sciences 2009 : 3 chercheurs du CEA récompensés [24 Novembre 2009]
- Supraconductivité à haute température : les faisceaux de neutrons d'Orphée apportent un nouvel éclairage sur le phénomène [18 Mai 2006]
- Maîtrise de nouveaux matériaux thermoélectriques [07 Février 2007]
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