Le CEA

Envoyer à un ami 27 Mars 2007

Chiralité et repliement des protéines

L’absence de symétrie est l’une des grandes caractéristiques et l’un des grands mystères du monde vivant : de nombreuses molécules chimiques ou biologiques existent sous deux formes, droite ou gauche. Ces deux formes ne sont pas superposables mais sont le reflet l’une de l’autre dans un miroir, comme nos deux mains. On qualifie de telles molécules de "chirales" . C’est le cas notamment des acides aminés qui constituent les unités structurales de base des protéines. Mais quelle est l'origine de la chiralité du vivant ? Une équipe du CEA apporte un élément de réponse à cette question en montrant que la chiralité des acides aminés joue un rôle décisif dans le repliement des protéines, mécanisme essentiel à la vie puisque c’est dans sa forme repliée que la protéine est biologiquement active.

Dans les organismes vivants, les protéines sont exclusivement constituées d’acides aminés de type "gauche". Cette sélection d'une seule des deux chiralités dans l’espace est une des grandes énigmes scientifiques, à laquelle physiciens, chimistes et biologistes tentent de répondre.

 

En étudiant des peptides, assemblages relativement simples de deux acides aminés par des méthodes de spectroscopie en jet moléculaire couplée à une approche théorique, une équipe du CEA**  éclaire ce problème d'un jour nouveau. Les chercheurs ont observé que la géométrie des peptides dans l’espace différait grandement selon que l’on couple deux acides aminés "gauche-gauche" ou "gauche-droite". De plus, les peptides homochiraux, composés d’acides aminés de même chiralité (gauche-gauche) montrent une plus grande flexibilité que les chaînes hétérochirales (gauche-droite). Dans les protéines, longues chaînes d'acides aminés repliées sur elles-mêmes, l'homochiralité impose ainsi un repliement de moindre variabilité tout en conférant une plus grande flexibilité à l’édifice moléculaire. Or, la fonction de la protéine dans l’organisme ne dépend pas seulement de la séquence des acides aminés qui la composent mais également de son repliement spécifique***. La chiralité du monde vivant peut alors apparaître comme une nécessité de par son rôle dans la conformation de protéines biologiquement actives.

 

Référence :
V. Brenner, F. Piuzzi, I. Dimicoli, B. Tardivel, and M. Mons, Angewandte Chemie International Edition, 46, (2007) 2463.  http://dx.doi.org/10.1002/anie.200604416

 

 

*du grec chiros, qui signifie la main, racine des mots chirurgien, chiromancie, chiropraticien…
**DSM/DRECAM/ Service des Photons, Atomes et Molécules, Saclay.
***Le nombre de possibilités de repliements d'une protéine est très grand (~1030). Et pourtant chacune se replie selon un ordre préétabli par sa séquence en suivant des niveaux successifs d'organisation.

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