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Actualité | Le CEA

Exposition : "Mathématiques, un dépaysement soudain", interview

Michel Cassé - © CEA
Questions sur l’exposition "Mathématiques, un dépaysement soudain" à Michel Cassé, astrophysicien au CEA et commissaire scientifique de cette exposition qui regroupe artistes et mathématiciens à la Fondation Cartier pour l’art contemporain, jusqu'au 18 mars 2012.

Publié le vendredi 27 janvier 2012

Quelle est la genèse de cette exposition inédite ?

De l’importance des mathématiques dans le monde : dans nos sociétés en crise, elles demeurent une source d’harmonie, de rigueur, d’inspiration. Partant de ce constat, nous avons décidé avec Hervé Chandès, Directeur de la Fondation Cartier, d’interroger la discipline. Nous sommes alors allés avec le mathématicien Jean-Pierre Bourguigon dans cet endroit exceptionnel qu’est l’Institut des hautes études scientifiques de Bure-sur-Yvette. Nous étions sûrs d’y trouver des êtres à la fois mathématiques et expressifs. Notre idée n’était pas tant de convoquer l’élite de la communauté, mais d’en sélectionner une poignée1 pour nous embarquer dans une épopée. Et nous avons croisé le regard de Misha Gromov… ; et entendu ses seuls mots « bibliothèque des mystères » qui sont devenus notre fil conducteur. C’est d’ailleurs cette bibliothèque qui ouvre l’exposition, selon une scénographie visuelle et sonore conçue par le cinéaste David Lynch pour un voyage de l’infiniment petit vers l’infiniment grand.

Pourquoi avoir convié de nombreux artistes2 ?

Pour concevoir cette exposition il fallait mettre ses pas dans l’innocence et dans la capacité de donner. Et donc, de ne pas passer uniquement par des équations mais par des émotions, des équations d’émotions ! L’approche profane des artistes nous a permis de tout explorer. Au cours de nos premiers échanges, David Lynch a eu cette sensation d’un « big reverberating zero », d’un zéro rempli… de mystères. En effet, la connaissance ne tombe pas du ciel, elle est recueillie comme l’eau dans un vase. Mais pour que ce vase existe, il faut avoir le chaos en soi. C’est-à-dire qu’il ne s’agit pas simplement du désir de connaître, de classer, mais du désir de retrouver le mystère.

L’exposition s’adresse-t-elle à un public non averti ?

Par ses différentes approches, cette exposition nous concerne tous ! Elle est par exemple ancrée dans la réalité bien concrète de deux expériences majeures de la science contemporaine que nous permettons de suivre en temps réel : les expérimentations menées sur la matière par le Cern au sein du LHC et la cartographie de l’Univers primordial enregistrée par le satellite Planck de l’ESA. Elle donne également à voir la dimension humaine et candide de la discipline à travers les films-témoignages de Raymond Depardon conçus pour « libérer la parole et dégager l’écoute ». L’enjeu est résolument émotionnel. Alors l’exposition invite tout le monde au lâcher prise et à la libre exploration pour que chacun puisse y voir ce qu’il voudra : comprendre ou simplement s’émouvoir…de cette harmonie dont nous n’avons pas encore trouvé la formule !

1. Sir Michael Atiyah, Jean-Pierre Bourguignon, Alain Connes, Nicole El Karoui, Misha Gromov, Giancarlo Lucchini, Cédric Villani et Don Zagier.
2. Jean-Michel Alberola, Raymond Depardon et Claudine Nougaret, Takeshi Kitano, David Lynch, Beatriz Milhazes, Patti Smith, Hiroshi Sugimoto et Tadanori Yokoo.


Propos recueillis par Aude Ganier, Les défis du CEA n°167, rubrique "Ils en parlent".

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