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cinq questions à Thierry Mandon, secrétaire d’État chargé de l’Enseignement supérieur et de la Recherche

Interview Thierry Mandon : "Transmettre une vision globale de la science"


​​​​Dans le cadre de la Fête de la Science qui célèbre ses 25 ans, du 8 au 16 octobre, Thierry Mandon, secrétaire d’État chargé de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, livre sa vision de la science et de la transmission des connaissances ; celles-là mêmes qui sont à l’origine des découvertes et des progrès accomplis tant dans les recherches fondamentales qu’appliquées.​

Publié le 3 octobre 2016

​À l’occasion des 25 ans de la Fête de la Science, vous avez souhaité promouvoir 25 découvertes. Comment les avez-vous identifiées ?

À l’occasion de la Fête de la Science, nous souhaitons promouvoir la science auprès du public et en particulier des jeunes. Un des objectifs que je poursuis avec conviction est précisément de rendre la science familière aux Français. Elle l’est d’ailleurs, plus qu’on ne le dit, parfois par des voies détournées : les sujets liés à la santé, à l’environnement, au numérique sont abondamment traités dans la presse ; simplement, les lecteurs ne savent pas toujours que leur intérêt pour ces sujets revient à s’intéresser à la science ! Une manière de rendre la science visible est de communiquer sur les découvertes scientifiques dans un langage intelligible par tous. Comme la Fête de la Science a 25 ans, nous en avons identifié 25 depuis qu’elle existe. Cette sélection a été confiée aux chercheurs et enseignants-chercheurs des organismes de recherche et des universités en détachement à la direction générale de la recherche et de l’innovation du ministère. Les critères de sélection sont multiples : les découvertes doivent couvrir tous les domaines scientifiques et le monde entier ; promouvoir des recherches amont ; avoir déjà été portées à l’attention du public ; faire l’objet d’une récompense internationale ; avoir, ou être susceptible d’avoir, un retentissement important sur la société.

Comment y contribue la recherche française ? 

La recherche est par essence mondiale, et souvent conduite par des équipes issues de plusieurs pays. Elle peut être le résultat de grandes collaborations internationales rassemblant des milliers de chercheurs. Parmi les découvertes retenues, plusieurs correspondent à de grands instruments de recherche auxquels la France, à travers ses organismes de recherche et ses chercheurs, a fortement contribué. Comme souvent, ces découvertes viennent là où on ne les attend pas… Par exemple, le World Wide Web est né du besoin des chercheurs en physique des particules du Cern de communiquer entre eux au-delà des frontières. Ce même Cern, dont la France est l’un des principaux contributeurs, a découvert le boson de Higgs. La France a eu aussi un rôle important dans la conception de plusieurs instruments essentiels de la sonde Rosetta. La découverte de la première exoplanète revient certes à des chercheurs suisses,  mais elle a été faite dans un observatoire Français. À l’inverse, l’invention hors de France des ciseaux moléculaires (CRISPR/ Cas9) associe une chercheuse qui a été formée à l’Université Pierre et Marie Curie et à l’Institut Pasteur… Par ailleurs, plusieurs des découvertes choisies impliquent les sciences humaines et sociales ou ont un impact sociétal potentiellement fort. Quant à la restauration du tableau La Vierge à l’Enfant avec sainte Anne de Léonard de Vinci, elle n’aurait pas été possible à ce niveau sans l’apport de la physique et de la chimie !


Et, particulièrement, le CEA ?

Le CEA est impliqué dans plusieurs des découvertes sélectionnées. Parmi elles, la confirmation de l’existence du boson de Higgs par les équipes du Cern qui associent des chercheurs et ingénieurs du CEA, tant dans la conception et l’exploitation des instruments que dans l’analyse des données. De même, les paléoclimatologues Jean Jouzel et Valérie Masson-Delmotte, bien connus pour leurs travaux sur le climat et leur fonction au sein du Giec, sont deux chercheurs du CEA.


Quelles sont les perspectives de recherche pour les 25 années à venir ?

Certaines des 25 découvertes proposées, comme celle des ondes gravitationnelles, vont certainement entraîner la naissance d’un nouveau type d’astronomie. Peut-être nous aideront-elles à identifier ce que sont les particules noires et la matière noire, l’un des grands mystères de l’astrophysique moderne. Il est ainsi indispensable de continuer à investir dans les sciences fondamentales car elles constituent le socle de notre compréhension du monde. Les 25 prochaines années vont conduire à de nouvelles révolutions liées à la méthodologie et à l’application dans toutes les sciences, y compris en sciences humaines et sociales, de nouveaux paradigmes tels le big data et le text and data mining désormais autorisés par la loi Française et bientôt Européenne. Ces méthodes permettront de faire émerger de nouvelles découvertes tant en sciences fondamentales que dans notre compréhension du corps humain (fonctionnement du cerveau, origine de certaines maladies, etc.) et de la société. Dans le même temps, les progrès accomplis dans ces nouvelles méthodes dépendent de ceux à venir en mathématiques, en informatique, mais aussi peut-être en physique avec l’ordinateur quantique.


D’où la nécessité de sensibiliser les jeunes, futurs ingénieurs, à l’incroyable aventure qu’est la science, la recherche fondamentale et technologique…

En effet, nous cherchons à ce que tous les publics se tournent vers la science pour répondre aux questions que posent nos sociétés contemporaines. Les futurs ingénieurs, bien qu’ils aient fait des études scientifiques, n’ont pas pour autant acquis une culture scientifique. Etienne Klein, physicien du CEA, insiste sur la nécessité de connaître non seulement les sciences mais aussi leur histoire et leur philosophie. Il est lui-même démonstrateur de la profondeur de pensée que cela donne. Il faut transmettre une vision globale de la science ; montrer que son champ englobe toutes les composantes de la société ; prendre conscience que le transfert des connaissances ne se limite pas à l’innovation technologique, à l’industrie, même si cela reste déterminant pour l’économie. Il est nécessaire d’aider tous les citoyens à en prendre conscience et de former différemment les jeunes pour en faire des citoyens complets. L’ambition est immense. La Fête de la Science ne fait qu’apporter une pierre à cet édifice. C’est pourquoi cette année, elle utilisera tous les canaux possibles. Dans toutes ces opérations, le CEA est présent, et je voudrais le remercier et rendre hommage à ses scientifiques et à ses communicants, qui s’investissent sans compter depuis des décennies, pour faire partager la science à tous.


​Cette interview est extraite du  magazine Les Défis du CEA n°211 (octobre 2016)
Propos recueillis par Aude Ganier​​​​​​​​



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