Dossier | Recherche fondamentale | Effet De Serre
Creuser pour connaître le passé (3/9)
Les traces des climats passés sont piégées dans les profondeurs des glaces polaires et des fonds océaniques. Encore faut-il pouvoir les recueillir et développer des techniques fiables pour les analyser.
Mis à jour en mars 2006
Effet De Serre
- L'homme et l'effet de serre
- Les gaz incriminés dans le réchauffement de la planète
- Creuser pour connaître le passé
- Modeliser pour sonder le futur
- Zones d'ombre sur le cycle du carbone
- Prendre l'air pour comprendre le présent
- Climats et décisions
- Energie nucléaire et effet de serre
- Des pistes utopiques
Les archives des temps anciens ne se trouvent pas dans l'ambiance calme et feutrée des bibliothèques. Pour comprendre les climats du passé, mieux vaut consulter la calotte glaciaire antarctique. En effet, durant plusieurs centaines de milliers d’années, les glaces polaires ont emprisonné au cours de leur formation de minuscules bulles d’air, précieux témoignage des climats disparus. À la station soviétique Vostok, ou à Dôme Concordia, la nouvelle base polaire européenne, les climatologues se livrent ainsi à une drôle d’occupation : par -40°C, et dans des conditions souvent difficiles, les chercheurs creusent sur plusieurs kilomètres de fond ( jusqu’à 3 623 mètres ! ) pour remonter de longs cylindres de glace, des « carottes », contenant les précieuses bulles d’air.
Les carottes à la loupe
La mesure ne suffira pourtant pas à dater les gaz… Car contrairement à ce que nous dicte notre intuition, les bulles d’air n’ont pas le même âge que la glace qui les entoure : elles sont plus jeunes. La neige qui tombe année après année emprisonne de l’air. Elle est petit à petit comprimée par le poids des précipitations successives et se transforme lentement en glace. Pendant ce processus qui dure jusqu’à plusieurs milliers d’années, l’air peut encore se déplacer. Puis les pores de la glace finissent par se fermer. La modélisation du phénomène permet ainsi d’établir qu’une glace vieille de 4 000 ans peut emprisonner de l’air quasiment contemporain. Les isotopes d’oxygène pour remonter le temps
Autre hémisphère, autre climat…
En effet, si les concentrations des gaz s’équilibrent rapidement autour de la planète, les températures et les précipitations peuvent être très différentes d’un hémisphère à l’autre. Le climat boréal est d’ailleurs beaucoup plus changeant que celui de l’hémisphère Sud ( Voir encadré "Dans les glaces du Groenland" ). « Comme les précipitations sont plus abondantes ( 20 cm à 40 cm de glace par an ! ), les renseignements recueillis sont bien moins anciens ( 100 000 ans contre 400 000 ans au pôle Sud ), note Valérie Masson-Delmotte, climatologue au LSCE. Ils sont en revanche plus précis et pourront à terme nous livrer quantité de renseignements sur la dernière période glaciaire. » De même, les forages effectués dans les glaciers tropicaux ne couvrent que les derniers siècles, mais ils ont une résolution de l’ordre du mois et fournissent de nombreuses informations sur les grandes oscillations du système climatique moderne comme El Niño. La mémoire des océans Les glaces ne sont cependant pas les seules à conserver la mémoire du climat. Au fond des océans, les sédiments marins qui se sont déposés au cours des âges recèlent également de précieuses informations.
Les restes de micro organismes présents dans les sédiments fournissent quantité de renseignements sur le climat. La connaissance des époques d’apparition ou de disparition de certaines espèces donne ainsi des indices sur l’âge des échantillons : la présence de coccolites dans une strate sédimentaire, par exemple, indique que l’échantillon est âgé au minimum de 80 000 ans, époque d’extinction des coccolithophores. Les sédiments livrent également des informations sur la température des eaux ( Voir encadré "Témoins planctoniques La mémoire des océans" ). Améliorer notre compréhension du climat
Toutes ces informations recueillies du passé s’associent aux mesures actuelles pour améliorer notre compréhension du climat. Elles montrent que ce dernier n’est pas aussi stable qu’on le pensait : des épisodes de réchauffement ou de refroidissement très brutaux ont été en registrés, d’une dizaine de degrés en moins d’un siècle, surtout lors des périodes glaciaires. Les périodes interglaciaires sont-elles plus stables ? Rien n’est moins sûr. Et si le climat est instable, une modification par l’homme de certains paramètres comme la teneur en gaz à effet de serre peut avoir des conséquences imprévues. Raison de plus pour tenter de limiter ces émissions de gaz et d’approfondir notre connaissance du climat. |
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