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Deux faux impressionniste et pointilliste démasqués par le carbone 14


​Le Laboratoire de mesure du carbone 14 apporte son expertise pour dater des toiles prétendument centenaires. Des faux, tranche le carbone 14 !
Publié le 16 février 2022

L'Office central français de lutte contre le trafic illicite de biens culturels (OCBC) a récemment saisi de nombreuses peintures attribuées à deux artistes de la fin du 19e et du début du 20e siècle. L'un de ces peintres était un proche de Claude Monet et l'autre est connu pour sa technique pointilliste représentant des vues de ports, peintes entre 1920 et 1940. Tous deux ont une cote en hausse sur les marchés de l'art européen et américain, certaines de leurs toiles ayant été adjugées jusqu'à 200.000 $.

Pour authentifier une peinture, la radiographie X, l'imagerie multispectrale et l'analyse chimique sont couramment utilisées, ce qui n'est pas le cas de la datation au carbone 14, longtemps considérée comme trop invasive ou pas assez précise. 

Le Laboratoire de mesure du carbone 14 (CEA-CNRS-IRD-IRSN-MC) a été sollicité pour dater deux des tableaux saisis dans le cadre de l'enquête en cours, imposant certaines contraintes (absence de documentation muséale, limites de temps et d'échantillonnage, confidentialité).

La connaissance précise de la concentration atmosphérique de carbone 14 (14C) au cours des dernières décennies est essentielle pour dater un objet récent. Pour cette étude, les chercheurs ont mesuré la teneur en 14C de fruits à coque pour affiner leurs données sur les dix dernières années (en France) et disposer d'une courbe d'étalonnage à haute résolution sur la période la plus récente.

Pour les deux tableaux à expertiser (l'un impressionniste et l'autre pointilliste), les scientifiques ont prélevé une fibre de toile, du bois du châssis, de la peinture blanche grattée sur le bord, ainsi qu'une fibre déposée sur la couche de vernis, provenant vraisemblablement du pinceau utilisé pour le vernissage (pour le tableau pointilliste seulement).

La datation au radiocarbone des fibres textiles révèle que les toiles ont été tissées avec des fibres extraites de plantes récoltées dans les années 1956-1957 ou 2000-2010. Ces tableaux n'ont donc pu être peints ni au début du 20e siècle, ni par les artistes présumés, qui sont morts dans les années 1940.

Pour donner le change, le faussaire a cependant utilisé un pigment blanc disponible au début du 20e siècle et du bois provenant d'arbres abattus avant 1950 pour les châssis. L’aspect jauni et abîmé par endroits des toiles en lin semblait aussi cohérent avec une fabrication au début du 20e siècle.  Ces éléments destinés à tromper les experts démontrent la nécessité d'une technique robuste de datation comme la mesure du 14C.

En savoir plus sur la datation par le carbone 14.

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