Rapport annuel 2021
Énergies

Énergies

Le CEA apporte aux pouvoirs publics et aux industriels les éléments d'expertise et d'innovation pour la mise en œuvre d'un système énergétique bas carbone. Cette mission est portée par l’ensemble de ses directions opérationnelles, au premier rang desquelles la Direction des énergies (DES).
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Le nombre de grands programmes qui structurent les recherches du CEA sur les énergies bas carbone

Pour répondre aux enjeux actuels et futurs de la transition énergétique, nécessaire pour lutter contre le réchauffement climatique, le CEA privilégie une approche qui intègre non seulement les aspects scientifiques mais aussi les dimensions technico-économiques, sociétales et politiques.

Objectif : Atteindre la neutralité carbone en 2050. Réussir cette transition majeure exige de bâtir, dès aujourd’hui, un système énergétique le plus sobre possible tout en permettant à chacun et chacune d’en tirer au quotidien, tous les bénéfices - en termes d’éclairage, de chauffage, de transports…- dans les meilleures conditions. Cela implique de prendre en compte l’ensemble des composantes du système : production d’énergies bas carbone pour s’affranchir des fossiles (pétrole, charbon), fonctionnement et optimisation des réseaux énergétiques (stockage, pilotage, conversion), distribution à différentes échelles (du national au territorial), limitation des pertes (efficacité énergétique, maîtrise de la consommation), économie circulaire des matières et optimisation des ressources.

Le CEA est l’un des seuls organismes de recherche français qui travaille à la fois sur les deux types d’énergies bas carbone disponibles aujourd’hui - nucléaire et renouvelables - mais également sur des thématiques transversales comme la gestion des réseaux, le stockage d’énergie, la simulation ou encore le pilotage des sources et de la consommation. Il est ainsi idéalement positionné pour développer l’indispensable approche intégrée de la problématique énergétique. En 2020, à la demande des pouvoirs publics, et sur la base d’un travail de réflexion interne mené pour répondre au plus près aux défis majeurs que soulève la transition énergétique, le CEA a restructuré ses recherches et créé la Direction des énergies (DES) pour couvrir l’ensemble du domaine.

Cette démarche répond à deux ambitions majeures. La première est d'accompagner la puissance publique et les industriels (les PME-PMI comme les grands groupes) pour produire des feuilles de route pour les différentes technologies qui contribueront à la neutralité carbone à l’horizon 2050 et, plus généralement, évaluer la pertinence de différents scénarios énergétiques. Seconde ambition : privilégier, du point de vue de la science et de ceux et celles qui la font, une approche partagée et transversale.

Avec une approche intégrée du système énergétique, le CEA s’intéresse à tous les modes de production d’énergie bas carbone (énergie nucléaire, énergies renouvelables), à leurs interactions au sein du réseau (stockage, pilotage, conversion), à la problématique des ressources dans une logique d’économie circulaire, le tout prenant en compte les dimensions technico-économiques, sociétales et politiques.

Structurées en treize grands programmes, les recherches menées au CEA sur les énergies bas carbone s'appuient sur un socle de recherches amont, sur le développement d'outils de simulation prédictifs et validés ainsi que sur un parc d'installations expérimentales pour certaines uniques au monde. Ces recherches s’articulent selon quatre grands axes :

AXE 1

la production d'énergies décarbonées, avec le soutien au nucléaire d’aujourd’hui et de demain (réacteurs de 2e et 3e générations, cycle du combustible, réacteurs de 4e génération, SMR, défense), le développement de systèmes couplés (SMR non électrogènes associant le nucléaire à l'hydrogène ou à la fourniture de chaleur) et du solaire photovoltaïque. Le CEA travaille également sur la production d’hydrogène par électrolyse haute température et joue ainsi un rôle clé dans la constitution d’une filière industrielle française de l’hydrogène ; ces recherches font partie des axes stratégiques du programme France 2030, auquel le CEA s’associe activement ;

AXE 2

le fonctionnement technique du système énergétique pour en renforcer l’efficacité et la sobriété (outils de flexibilité et de stockage des énergies, pilotage intelligent de la demande sur les réseaux, conversions entres énergies) ;

AXE 3

la gestion optimisée des ressources disponibles (matières et matériaux) en pensant l’ensemble de leur cycle de vie (depuis les procédés utilisés pour leur fabrication jusqu’à leur recyclage) et en étudiant les moyens de convertir le CO2 en énergie utile (économie circulaire du carbone mais aussi e-carburants) ;

AXE 4

la performance du système global, dont la progression est étudiée via l’évaluation de différents scénarios énergétiques intégrant une approche technico-économique.

FAITS MARQUANTS 2021
Les solutions pour des matériaux de batterie durables
Stockage d’énergie

Les solutions pour des matériaux de batterie durables

Le CEA a pour objectif d’accompagner l’essor de la mobilité électrique, en développant des solutions innovantes pour augmenter les performances des batteries et également pour réduire l’impact environnemental de cette filière. Les travaux de recherche concernent ainsi la réduction ou la suppression des matériaux critiques de cathode (Co, Ni), et les aspects de seconde vie ou de recyclage des batteries dans une démarche d’économie circulaire. En 2021, le CEA a rejoint notamment ORANO au sein du consortium du projet RECYVABAT pour mettre au point un procédé de purification et de récupération sélective des métaux (lithium, cobalt, nickel, etc.) contenus dans les batteries des véhicules électriques, en vue de les recycler pour fabriquer de nouveaux composants de batteries. Deux pilotes industriels seront construits en France afin de conduire les essais techniques et les tests sur le procédé.

Améliorer les batteries grâce à la modélisation nucléaire
Stockage d’énergie

Améliorer les batteries grâce à la modélisation nucléaire

Les anodes de batteries Li-ion sont constituées de graphite incluant des particules de silicium dont il est important de connaître le comportement mécanique afin d’anticiper le vieillissement et le rendement des batteries.

À cette fin, des équipes du CEA-IRESNE et du CEA-Liten ont utilisé des outils numériques de modélisation du comportement du combustible nucléaire. En effet, à l’instar des inclusions d’oxyde de plutonium dans la matrice céramique d’uranium d’un crayon de combustible, les inclusions de silicium dans la matrice en graphite de l’électrode d’une batterie sont soumises à des sollicitations mécaniques sévères que ces outils permettent donc de modéliser.

Le comportement mécanique de la particule de silicium lors de la phase de décharge d’une batterie a été modélisé, en accord avec les observations expérimentales. Ce modèle a été complété en prenant en compte les fortes dilatations de l’électrode liées à la décharge, avec un formalisme utilisé pour décrire le ballonnement des crayons de combustibles nucléaire en situation accidentelle. Ces travaux montrent le bénéfice d’un revêtement carbone limitant les variations géométriques de la particule et réduisant significativement le risque de rupture.

IRESNE : Institut de recherche sur les systèmes nucléaires pour la production d’énergie bas carbone, dépendant de la Direction des énergies

Liten : institut de la Direction de la recherche technologique dédié à la création de solutions en réponse aux enjeux climatiques, énergétiques et environnementaux

Premiers examens de crayons combustibles irradiés de type ATF
Combustible nucléaire

Premiers examens de crayons combustibles irradiés de type ATF

Concept innovant, les crayons combustibles de type ATF doivent permettre d’augmenter de façon importante la résistance de leur gainage en conditions accidentelles d’un REP, en regard des crayons utilisés actuellement sur le parc nucléaire.

Dans le cadre de la qualification industrielle de ces crayons ATF, Framatome a confié au CEA la caractérisation d’échantillons irradiés dans le réacteur commercial de Gösgen (Suisse). Réalisé dans le cadre d’un projet de France Relance, ce programme d’expérimentations suivi par le CEA-ISAS a démarré à l’été 2021 et les premiers examens de métrologie et d’observations par microscopie électronique à balayage (MEB) sur le revêtement chrome semblent en confirmer la bonne tenue. Les tests vont se poursuivre grâce aux nombreux moyens techniques de l’installation LECI du CEA (usinages, microscopies, essais mécaniques à biaxialité imposée…).

ATF : Accident-Tolerant Fuel

REP : réacteur à eau pressurisée

ISAS : Institut des sciences appliquées et de la simulation pour les énergies bas carbone, dépendant de la Direction des énergies.

LECI : Laboratoire d’essai des combustibles irradiés (il est essentiellement dédié à la caractérisation des combustibles et matériaux irradiés)

Photovoltaïque

Changement d’échelle dans le recyclage des panneaux photovoltaïques

La délamination de modules photovoltaïques (PV) par CO2 supercritique est une alternative aux procédés actuels - thermiques, chimiques ou mécaniques - pour la séparation et la valorisation de leurs différents constituants (verre, polymères…) dans une logique d’économie circulaire des matières.

Dans le cadre du projet européen PHOTORAMA, le CEA-ISEC en collaboration avec l’Ines a mené des études en laboratoire permettant d’envisager le changement d’échelle de ce procédé pour des panneaux de taille réelle (2 m²) et sa mise en œuvre finale sur une ligne pilote. L’objectif ? Le recyclage de 1000 tonnes de panneaux photovoltaïques par an.

ISEC : Institut des sciences et technologies pour une économie circulaire des énergies bas carbone, dépendant de la Direction des énergies

Ines : Institut national de l’énergie solaire (CEA/Université Savoie Mont Blanc)

Panneaux photovoltaïques : séparer pour mieux recycler

Photovoltaïque
Des modules HET avec interconnexions shingle industrialisables

Des modules HET avec interconnexions shingle industrialisables

La nouvelle technologie d'interconnexion de cellules photovoltaïques appelée shingle offre des densités de puissance et un rendement énergétique plus élevés, des pertes résistives plus faibles que celle actuellement utilisée, et à un coût compétitif. Utilisée sur les toitures industrielles, elle présente également un meilleur aspect esthétique. Le CEA à l’Ines a réalisé une première campagne de fabrication semi-industrielle de 10 modules shingle hétérojonction (HET), dans une configuration verre en faces avant et arrière. Certains modules comportent un encapsulant non bloquant pour les UV, qui permet d’atteindre une puissance moyenne en face avant de 214,15 W/m², avec un rendement moyen de 21,41 % et un poids surfacique de 11,8 kg/m², inférieur d’un tiers au type standard. Ce résultat les positionne dans le top 5 mondial sur l’échelle des modules HET industriels.

Ines : Institut national de l’énergie solaire (CEA/Université Savoie Mont Blanc)

Simulation nucléaire

Premier jalon atteint pour le futur réacteur nucléaire numérique

Soutenu par Bpifrance et fort de neufs acteurs majeurs de la filière nucléaire, dont le CEA, le projet « Réacteur numérique » de R&D, débuté en janvier 2020 pour quatre ans, vise à créer un jumeau numérique de réacteur nucléaire. Il permettra de s’immerger virtuellement dans le fonctionnement d’un réacteur, de réaliser des études de simulation basée sur des modèles multi-physiques détaillés mais aussi de former des opérateurs du nucléaire et de renforcer les codes de calcul existants.

Une première version de l’un des « bancs » d’intégration a été livrée par le CEA-ISAS, permettant d’en confirmer le bon fonctionnement et de valider les choix technologiques du projet. Ce banc utilise le logiciel coupleur C3PO développé au CEA, pour piloter les codes de calcul et les échanges de données.

La future plateforme d’intégration sera composée de deux « bancs ». Le premier permettra au CEA de valoriser les compétences acquises dans le développement de la plateforme logicielle multi-physiques CORPUS, afin de doter la filière nucléaire française d’un modèle standardisé pour le couplage des codes de calcul de physique des réacteurs. Le second banc représentera l’échelle simulateur et permettra d’intégrer le code de calcul système de dernière génération CATHARE3.

ISAS : Institut des sciences appliquées et de la simulation pour les énergies bas carbone, dépendant de la Direction des énergies.

Les recherches sur les SMR calogènes se poursuivent
Systèmes énergétiques couplés

Les recherches sur les SMR calogènes se poursuivent

Lancé en 2020, le projet IDNES (Innovative Decarbonized Nuclear Energy Systems) vise à élargir l’offre énergétique et les applications des SMR, au-delà de l’unique fourniture d’électricité. Deux applications majeures sont visées : la production de chaleur pour les réseaux urbains et la production d’hydrogène (H2) décarboné.

Les équipes du CEA-IRESNE et du CEA-Liten conjuguent leurs expertises en nucléaire et en énergies renouvelables pour démontrer comment coupler un SMR fonctionnant en cogénération électricité-chaleur et un électrolyseur à haute température (EHT) nécessitant chaleur à 150 °C et électricité.

En 2021, les équipes ont réalisé le pré-dimensionnement des cœurs de réacteurs, combustible, échangeurs, remontage réacteurs et stockage thermique pour trois esquisses de SMR calogène de petite puissance (20 MWth) fournissant une température de 70 à 150 °C. Ces premiers travaux ont montré comment un réacteur de type NuwardTM, développé par la filière française, pouvait être partiellement dédié à la production d’H2. Ils ont en outre permis d’identifier la façon d’optimiser le rendement thermodynamique de ces systèmes hybrides. À terme, ces SMR calogènes pourraient être implantés en France et en Europe.

SMR : acronyme de Small Modular Reactors ou petits réacteurs modulaires en français

IRESNE : Institut de recherche sur les systèmes nucléaires pour la production d’énergie bas carbone, dépendant de la Direction des énergies

Liten : institut de la Direction de la recherche technologique dédié à la création de solutions en réponse aux enjeux climatiques, énergétiques et environnementaux

Naissance de la joint-venture Genvia consacrée à la production d’hydrogène
Hydrogène

Naissance de la joint-venture Genvia consacrée à la production d’hydrogène

Approuvée par la Commission européenne en janvier 2021, la création de la joint-venture Genvia consacrée à la production d’hydrogène a été officialisée en février avec la signature des accords entre le CEA, Schlumberger New Energy, Vinci et Vicat ainsi que l’Agence régionale énergie climat (Arec) de la région Occitanie. Lors du premier conseil d’administration, Florence Lambert a été nommée présidente de la société et le business plan ainsi que la feuille de route de déploiement associée ont été approuvés.

Rapidement opérationnelle, Genvia vise le transfert industriel de la technologie de rupture d’électrolyse haute température (EHT) pour la production d’hydrogène, développée par le CEA à Grenoble, puis à déployer une ligne pilote de fabrication d’électrolyseurs dans l’usine Cameron-Schlumberger à Béziers. Cette technologie permet d’une part d’atteindre un haut niveau d’efficacité, d’autre part de réduire considérablement la consommation d’électricité par kilogramme d’hydrogène produit. Elle est aussi la première à être complètement réversible, en étant capable de basculer du mode électrolyse à un mode pile à combustible. Cette caractéristique est particulièrement intéressante pour des utilisations flexibles en soutien au réseau électrique.

Préparer les réseaux gaziers à l’arrivée de l’hydrogène
Hydrogène

Préparer les réseaux gaziers à l’arrivée de l’hydrogène

Produire massivement de l’hydrogène décarboné à partir de technologies d’électrolyse, comme celle transférée à notre partenaire Genvia créé en 2021, nécessitera d’adapter les moyens de transport et de stockage de l’hydrogène. Depuis plus de 15 ans, les chercheurs du CEA-Liten ont développé une expertise pour comprendre et modéliser les phénomènes physico-chimiques des matériaux sous environnement hydrogène. Dans le cadre du partenariat avec GRTgaz, leader européen du transport de gaz avec plus de 32 000 km de réseau de canalisations, les résultats obtenus en laboratoire ont permis l'élaboration d'une base de données sur les matériaux des infrastructures de GRTgaz ainsi que la mise en place d'un protocole d'essais sous hydrogène représentatif des modes d'exploitation d'un réseau de transport gazier. Ceci confirme que le réseau de canalisations de GRTgaz est en mesure d’accepter l’injection de gaz contenant de l’hydrogène.

Liten : institut de la Direction de la recherche technologique dédié à la création de solutions en réponse aux enjeux climatiques, énergétiques et environnementaux

Un « airbag » de deutérium
Chimie verte et biocarburant

Le fonctionnement d’une photo-enzyme clé décrypté

Naturellement présente dans des algues microscopiques, l’enzyme FAP est capable de catalyser la formation d’hydrocarbures à partir des acides gras produits par l’algue en présence de lumière.

Des chercheurs du CEA, des synchrotrons ESRF et SOLEIL et leurs partenaires ont décrypté les mécanismes de fonctionnement de cette enzyme en combinant des approches expérimentales et théoriques.

Outre des biocarburants, la FAP permettrait de produire des composés à haute valeur ajoutée pour la chimie fine, les cosmétiques ou la pharmacie. Plus fondamentalement, cette photo-enzyme commandable par la lumière ouvre la voie à l’étude de phénomènes ultra-rapides se déroulant au cours des réactions enzymatiques du vivant.

FAP : Acronyme de Fatty Acid Photodecarboxylase

Chimie verte et biocarburant : le fonctionnement d’une photoenzyme clef décrypté

Le fonctionnement d’une photo-enzyme clé décrypté
Fusion

Un « airbag » de deutérium

Une collaboration associant le CEA-IRFM, le consortium européen EUROfusion, ITER et des partenaires américains montre qu'il est possible de protéger efficacement les structures internes d'un réacteur de fusion contre des dommages causés par des électrons très énergétiques qui s’échapperaient du plasma de fusion à la suite d'une instabilité majeure.

Des expériences menées dans le tokamak européen JET (Grande-Bretagne) en 2019 et 2020 ont ainsi démontré qu’une injection massive de deutérium, sous forme d'éclats de glaçons, juste après l’instabilité de plasma, permet de dissiper l’énergie des électrons découplés sans aucun dépôt de chaleur mesurable sur les composants internes. Ces travaux se poursuivent pour détailler les processus physiques à l’œuvre dans cet effet protecteur.

IRFM : Institut de recherche sur la fusion magnétique (CEA/Euratom) dépendant de la Direction de la recherche fondamentale

Un « airbag » de deutérium contre des effets potentiellement néfastes des instabilités de plasma