Rapport annuel 2021
Recherche fondamentale

Recherche fondamentale

En soutien de ses autres missions, le CEA s’investit dans le domaine des sciences du vivant, des sciences de la matière et de l'Univers, de la physique et des nanosciences. Ces activités sont menées par sa direction de la recherche fondamentale (DRF).
+ d'infos sur la DRF
3700

Le nombre annuel de publications dans des revues scientifiques

En lien étroit avec l’écosystème scientifique académique, national et international, le CEA investit dans une recherche fondamentale d’excellence. Elle est à l’origine d’un spectre très étendu de savoirs et savoir-faire, au service du progrès des connaissances comme de l’ensemble de ses missions et au bénéfice de la société.

Dans une double dynamique de questionnements fondamentaux et de réponse aux grands enjeux sociétaux, les équipes pluridisciplinaires de la DRF, qui intègrent une forte composante d’ingénierie, assurent le continuum de la découverte vers l’application.

Le CEA développe une recherche fondamentale de pointe dans les disciplines qui fondent son action : la physique, la chimie et la biologie. La Direction de la recherche fondamentale (DRF) regroupe la majeure partie de cette activité. Les équipes de la DRF développent un spectre large de connaissances et d’outils d’exception au meilleur niveau mondial. Elles contribuent à l’exploitation de grandes infrastructures de recherche au bénéfice de la communauté scientifique. Elles participent ainsi au rayonnement scientifique et technologique du pays. Les résultats de ces recherches alimentent les missions technologiques du CEA tout en assurant, plus largement, la pérennité des compétences nécessaires à leur réalisation.

Répondre à de grandes questions fondamentales dans cinq domaines

Les questions qui marquent la frontière des connaissances sont en constante évolution au fil des découvertes et de l’émergence de nouvelles interrogations. Le CEA se concentre aujourd’hui sur cinq grandes questions en science de la matière et du vivant qui intègrent sciences et technologies et ont souvent une dimension interdisciplinaire et un impact sociétal :

  • Les lois fondamentales de l’Univers et le monde quantique
    Les équipes du CEA étudient les propriétés des lois fondamentales de l’Univers, au Cern et auprès des grandes expériences internationales sur les neutrinos. Elles tentent ainsi de dépasser le « Modèle standard », avancée théorique majeure du XXe siècle permettant de décrire l’Univers aux plus petites échelles mais que l’on sait incomplet. Elles œuvrent également pour le développement d’une « nouvelle physique » grâce à l’observation de l’Univers à grande échelle comme en particulier la question non résolue de la matière noire et l’énergie noire. La physique quantique est au cœur de ces questions et, plus globalement, les équipes CEA s’investissent sur le « quantique », toujours en fort développement tant au niveau fondamental qu’applicatif.
  • Les nouveaux matériaux et états de la matière
    Le CEA s’appuie sur un ensemble d’expertises en physique de la matière condensée, en particulier dans le domaine de la synthèse et de la caractérisation de nouveaux matériaux, présentant des propriétés remarquables pour les technologies de l’énergie et de l’information de demain. Il développe également des outils de pointe pour la R&D de source compacte de neutrons, l’étude de processus physico-chimiques ultra rapides et de phénomènes complexes et hors d’équilibre (turbulence).
  • Les évolutions du climat et de l’environnement
    Les équipes étudient l’évolution des mécanismes climatiques passés et présents pour en comprendre la dynamique et améliorer les prévisions des changements en cours en particulier grâce à des simulations à grandes échelle. Elles étudient également, depuis le sol et l’espace, la composition de l’atmosphère notamment en gaz à effet de serre pour surveiller les changements planétaires et l’impacts des activités humaines sur l’environnement.
  • Les mécanismes fondamentaux du vivant
    Le CEA caractérise les organismes à toutes les échelles spatiales et temporelles par une approche multidisciplinaire et intégrative de la biologie. Cette approche permet également de mieux comprendre les modifications pathologiques associées aux cancers et aux maladies infectieuses, immunologiques et neurodégénératives, mais également de mesurer l’impact des changements environnementaux sur la biodiversité.
  • L’organisation du cerveau et le code neural
    Le CEA est un acteur majeur en neurosciences avec un ensemble unique d’instruments de pointe, depuis l’IRM humain le plus puissant du monde jusqu’au microscope trois-photons, des cryomicroscopes de haute résolution, en passant par des capteurs électriques et magnétiques ultimes, et des méthodes de stockage, de traitement et d’analyse des données par intelligence artificielle. Ces outils donnent des moyens d’investigations pour observer, cartographier et quantifier l’activité cérébrale et comprendre le fonctionnement cérébral depuis le neurone unique jusqu’à la dynamiques des réseaux connectés. Ils permettent également des études pour mieux comprendre les dysfonctionnements qui provoquent les maladies neurodégénératives et psychiatriques.

Pour mener à bien cette mission de recherche fondamentale, le CEA développe un ensemble d’outils innovants pour les besoins de ses recherches et de la communauté scientifique. Il conçoit et réalise de grands instruments qui contribuent à la compétitivité des grandes infrastructures de recherche nationales et internationales. Ces développements favorisent l’innovation et le transfert industriel dans les domaines des cryotechnologies (accélérateurs, grands aimants, spatial), des systèmes de détection, d’imagerie, de la simulation, du traitement de données et du calcul intensif.

Se positionner sur de grands enjeux sociétaux

À travers cette approche interdisciplinaire intégrant science et technologie, la recherche fondamentale du CEA contribue à apporter des solutions aux grandes questions de sociétés.

Dans le domaine du numérique, la recherche fondamentale du CEA a été pionnière sur les technologies quantiques. Aujourd’hui en alliant recherche fondamentale et recherche technologique le CEA est l’un des leaders européens du domaine. Le CEA est un élément clef de la stratégie nationale sur les technologies quantiques présentée en janvier 2021 par le Président de la République. À ce titre, le CEA co-pilote, avec le CNRS et l’Inria, le programme et équipements prioritaires de recherche (PEPR) avec des actions ciblées sur les qubits Silicium en technologie CMOS pour l’intégration à grande échelle, les qubits robustes supraconducteurs pour réduire les erreurs, les algorithmes et l’environnement logiciel ainsi que la communication quantique.

La recherche fondamentale explore de nouveaux matériaux et procédés visant à améliorer l’efficacité, les performances et la recyclabilité des technologies de l’énergie et à réduire l’utilisation de matières stratégiques, rares ou toxiques pour l’homme ou l’environnement. Le CEA déploie un ensemble de recherches en physique, chimie et biologie afin de convertir le gaz carbonique en produits de synthèse d’intérêt et ainsi développer une économie circulaire du carbone. Dans le domaine du nucléaire, les recherches fondamentales se concentrent sur les données nucléaires au service des réacteurs et du cycle ; les chercheurs mènent également des recherches sur la fusion par confinement magnétique afin de produire une électricité décarbonnée. La prédiction des impacts des changements du climat et de l’environnement participent également à la construction d’une vision intégrée de l’énergie.

Dans le domaine de la santé, l’expertise du CEA dans les sciences du vivant et les infrastructures de recherche associées dont il dispose, articulées avec les briques technologiques qu’il développe et ses compétences dans le numérique, le positionnent comme un acteur des technologies de la médecine de demain, répondant à plusieurs objectifs :

  • contribuer à l’imagerie biomédicale du futur ;
  • développer des dispositifs médicaux pour la détection et le diagnostic ;
  • développer des solutions vaccinales et immunologiques contre les maladies infectieuses émergentes ; 
  • contribuer au développement de nouvelles approches thérapeutiques ;
  • développer le numérique au service de la santé.

Dans le domaine de la Défense enfin, les travaux des équipes de la recherche fondamentale participent à la recherche duale dont le programme interministériel de R&D NRBC-E à travers, notamment, de la photonique avancée, des études sur l’antibiorésistance, des moyens de détection et des diagnostics des menaces biologiques et chimiques.

Contribuer à la structuration de la recherche et à l’innovation

Les équipes de la recherche fondamentale intègrent une forte composante pluridisciplinaire et d’ingénierie, qui participe au continuum de la découverte scientifique jusqu’aux applications. Elles travaillent le plus souvent au sein d’unités mixtes, participent aux stratégies de site des grandes universités de recherche (notamment des universités Paris-Saclay, Grenoble Alpes et Aix-Marseille) et aux écosystèmes régionaux de l’innovation en lien avec l’industrie.

La recherche fondamentale du CEA est également très engagée dans l’information scientifique et la formation. Par des avancées spectaculaires sur des sujets qui concernent les enjeux de société, elle participe à l’excellence du CEA et contribue aux progrès de la science et à son attractivité.

FAITS MARQUANTS 2021
Des détecteurs titanesques pour les nouvelles petites roues d’Atlas
Lois fondamentales de l’Univers

Des détecteurs titanesques pour les nouvelles petites roues d’Atlas

Le collisionneur de particules du Cern (LHC) a été modifié pour accélérer un flux de particules plus important qu’auparavant. En particulier, le spectromètre à muons (des cousins massifs des électrons) de l’expérience Atlas s’est doté de deux petites roues de plus de cent tonnes chacune, équipées de nouveaux détecteurs. Le cahier des charges était exigeant : reconstruire la trace des muons à 50 µm près et mesurer leur vitesse avec une précision de 15 %, et ce, toutes les 25 nanosecondes !

La solution retenue ? Un pavage de 128 détecteurs Micromegas multicouches de 8 à 12 m² chacun, « à anode résistive », une technologie développée par le CEA et prometteuse pour les très hauts flux de particules. L’Irfu s'est chargé des 32 plus grands de ces détecteurs, soit le tiers de la surface utile des deux roues.

Irfu : Institut de recherches sur les lois fondamentales de l’Univers, dépendant de la Direction de la recherche fondamentale

Les détecteurs « titanesques » des nouvelles petites roues d’Atlas en route pour le Cern

Un voyage fantastique au cœur des piles à combustible et des batteries
Nouveaux matériaux

Un voyage fantastique au cœur des piles à combustible et des batteries

Quoi de commun entre une pile à combustible, un électrolyseur et une batterie tout-solide ? Une membrane polymère transportant des ions d'une électrode à l'autre !

Cet élément clé peut désormais être étudié in situ grâce à la diffusion de neutrons. Le contraste isotopique permet d’observer différents processus complexes à l’œuvre dans la membrane. Ces techniques développées par l’Irig et l’Iramis donnent accès à la structure de la membrane et à la dynamique des ions en fonction de l'hydratation et des conditions opérationnelles réelles de la cellule électrochimique. Les chercheurs ont ainsi observé que si la teneur en eau est trop faible, le transport des ions est freiné tandis qu’un excès d'eau fait gonfler la membrane, noie les électrodes et dégrade les performances de la pile.

Irig : Institut de recherche interdisciplinaire de Grenoble (CEA / Université Grenoble-Alpes)

Iramis : Institut rayonnement-matière de Saclay (CEA/CNRS/Ecole Polytechnique/Ensicaen)

Un voyage fantastique au cœur des piles à combustible et des batteries

Voir la vidéo : Neutrons an inevitable tool for your research on fuel cell.

Évolutions du climat et de l’environnement
Le volet scientifique du 6e rapport du Giec a été dévoilé le 9 août 2021

Le volet scientifique du 6e rapport du Giec a été dévoilé le 9 août 2021

Plus d’une dizaine de scientifiques du LSCE ont contribué au volet scientifique du rapport du Giec à diverses fonctions : co-présidence du Groupe de travail, coordination et rédaction de chapitres, édition-révision et sensibilisation du public. Ce volet, le premier du 6e rapport du Giec qui sera achevé en 2022, a été approuvé par les 195 gouvernements membres du Giec et publié le 9 août 2021.

Les climatologues observent des changements dans l'ensemble du système climatique, sans précédent depuis des milliers, voire des centaines de milliers d'années. Certains de ces changements, comme l'élévation du niveau de la mer, sont déjà irréversibles pour des centaines ou des milliers d'années. Une des nouveautés du rapport est une présentation régionalisée (à hauteur de 30 % du contenu), assortie d’un atlas interactif.

LSCE : Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (CEA/CNRS/UVSQ)

Le volet scientifique du 6e rapport du Giec a été dévoilé le 9 août 2021

Lire le rapport : Climate Change 2021: The Physical Science Basis
Consulter l'atlas interactif : IPCC WGI Interactive Atlas
Lire le CP du Giec : « Climate change widespread, rapid, and intensifying »
Lire l'interview de : Sophie Szopa sur le site du CEA.

Un nouvel œil dans l’Univers
Grands instruments

Un nouvel œil dans l’Univers

Ariane 5 a lancé avec succès, le 25 décembre 2021, le télescope spatial James Webb de la NASA, développé en coopération avec l’ESA et l’Agence spatiale canadienne. Webb observera dans l’infrarouge l’évolution de galaxies, d’étoiles et de planètes, et analysera l’atmosphère d’exoplanètes.

MIRIM, l’imageur de MIRI, l’un des 4 instruments embarqués, a été développé par le CEA, avec le CNRS et ses partenaires, sous la responsabilité du Cnes. Il offre différents modes d’imagerie, spectrographie et coronographie. Le grand diamètre du miroir primaire, le refroidissement actif à -258°C et les détecteurs avancés de MIRIM concourent à conférer à Webb une résolution angulaire sept fois plus grande et une sensibilité environ 50 fois supérieure à celle de son prédécesseur, le télescope spatial Spitzer lancé en 2003 et mis hors service en 2020 par la NASA.

WEST s’habille en monobloc
Grands instruments

WEST s’habille en monobloc

Le tokamak WEST (W Environment in Steady-State Tokamak) de l’IRFM à Cadarache s’est doté d’un « plancher » (divertor en anglais) en tungstène, analogue à celui d’ITER et qui présente la caractéristique d’absorber beaucoup moins le tritium que le carbone. Le divertor est constitué de 56 composants activement refroidis, comptant chacun 35 monoblocs de tungstène. Également équipé de nouveaux diagnostics, WEST devient ainsi un banc de test pour ITER.

Grâce à ses bobines de champ supraconductrices, WEST permettra de tester des composants les plus exposés au plasma – comme le divertor monobloc de type ITER – sur des temps longs, jusqu’à 1 000 secondes, avec des niveaux de flux de chaleur importants (> 10 MW/m2), proches de ceux d’ITER.

IRFM : Institut de recherche sur la fusion magnétique (CEA/Euratom) dépendant de la Direction de la recherche fondamentale

WEST s’habille en monobloc

Organisation du cerveau et code neural
Lire les « lignes » du cerveau grâce à la reconnaissance automatique

Lire les « lignes » du cerveau grâce à la reconnaissance automatique

Si les plissements du cortex sont uniques pour chaque individu, certains motifs inhabituels observés ont pu être associés à un risque accru d’épilepsie ou de schizophrénie. Mais très peu de neuroanatomistes possèdent l'expertise requise pour analyser les surfaces corticales.

Pour étendre à plus grande échelle cette exploration, des chercheurs du CEA-Joliot ont développé trois algorithmes de classification qu’ils ont testés sur trois motifs corticaux, dont deux très répandus et le troisième, très rare et relié à l'épilepsie. Résultat : les motifs sont globalement bien reconnus (à 80 % pour les deux premiers et à 60 % pour le dernier), avec quelques variations d’efficacité suivant la rareté du motif.

Institut Joliot : Institut des sciences du vivant Frédéric-Joliot, dépendant de la Direction de la recherche fondamentale

Lire les « lignes » du cerveau grâce à la reconnaissance automatique

Voir la transcription de l’ADN « en direct », dans toutes les cellules d’une plante
Mécanismes du vivant

Voir la transcription de l’ADN « en direct », dans toutes les cellules d’une plante

Pour la première fois, une équipe du BIAM donne à voir, en temps réel et avec une définition inédite, la transcription de l'ADN en ARN messager, dans les cellules de jeunes plantes. Ce direct exceptionnel révèle de précieuses informations sur des biomécanismes liés à la réponse de la plante à son environnement.

La transcription de l’ADN, au cours de laquelle l’information génétique portée par l’ADN est copiée et amplifiée sous forme d’ARN messager, est un mécanisme cellulaire essentiel dont la seule régulation implique pas moins de 5 à 6 % des gènes. Jusqu’à présent, elle avait été observée principalement sur des cellules animales isolées et fixées grâce à des techniques de pointe. Les chercheurs du BIAM sont parvenus à imager la transcription dans l’ensemble des cellules d’une plante.

BIAM : Institut de biosciences et biotechnologies (CEA/CNRS/Aix-Marseille Université)

Voir la transcription de l’ADN « en direct », dans toutes les cellules d’une plante

Mystérieux télomères : un mécanisme de protection de l’ADN décrypté
Mécanismes du vivant

Mystérieux télomères : un mécanisme de protection de l’ADN décrypté

Les extrémités des chromosomes, appelées télomères, ont une longueur finement contrôlée afin d’équilibrer vieillissement et prolifération cellulaires.

Or, chez la levure Saccharomyces cerevisiae, le complexe MRX, une protéine jouant un rôle clé dans la réparation des cassures doubles brins de l’ADN, contribue également au contrôle de la longueur des télomères. Pourtant, les télomères ne doivent être pas être réparés afin de prévenir toute fusion avec un autre télomère.

Grâce à des approches génétiques in vivo, guidées par des prédictions structurelles in silico, des chercheurs des instituts Jacob et Joliot du CEA montrent qu’une protéine connue pour bloquer l’élongation des télomères (Rif2) se fixe à MRX seulement à leur niveau, empêchant MRX de s'accrocher à l'ADN.

Institut Jacob : Institut de biologie François-Jacob, dépendant de la Direction de la recherche fondamentale

Institut Joliot : Institut des sciences du vivant Frédéric-Joliot, dépendant de la Direction de la recherche fondamentale

Mystérieux télomères : un mécanisme de protection de l’ADN décrypté