C'est pour répondre à cet enjeu majeur qu'a été lancé l'Institut Hospitalo-Universitaire (IHU) SEPSIS, premier institut mondial entièrement dédié au sepsis, dans le cadre du programme France 2030. Ce programme de recherche sur dix ans, porté notamment par l'Université Paris-Saclay, l'AP-HP, l'Inserm et le CEA, vise à transformer la prise en charge du sepsis grâce à une médecine plus rapide, plus prédictive et plus personnalisée. Roger Le Grand et Olivier Lambotte (CEA-Jacob), directeurs adjoints de l’IHU, participent à la mise en œuvre de sa stratégie scientifique et de ses projets. Plusieurs équipes du CEA-Jacob et du CEA-Joliot prennent une part active dans les projets menés dans le cadre de cet IHU.
Au sein de ce projet structurant qui implique plusieurs laboratoires du CEA de Fontenay-aux-Roses, Saclay et Grenoble, le Li2D (CEA-Joliot) implanté sur le centre CEA Marcoule joue un rôle clé dans le développement de nouveaux outils de diagnostic rapide. Trois volets sont développés : nouvelle méthodologie d'identification des agents pathogènes à l'origine du sepsis, recherche de nouveaux biomarqueurs précoces pour l'évaluation de la sévérité du sepsis, et développement d'anticorps pour l'immuno-dosage rapide de ces biomarqueurs au lit du patient.
Accélérer le diagnostic du sepsis
Aujourd'hui, l'identification des agents pathogènes responsables d'un sepsis repose encore largement sur les hémocultures, des analyses qui peuvent nécessiter entre 24 et 72 heures avant d'obtenir un résultat exploitable.
Or, dans le sepsis, chaque heure compte.
L'un des grands défis est que près de 70 % des cas de sepsis restent encore non caractérisés : l'origine exacte de l'infection n'est pas identifiée rapidement. Les médecins doivent se fier à ce qui est le plus probable, et parfois tester différentes approches thérapeutiques avant de trouver la plus efficace, ce qui peut considérablement ralentir la prise en charge et augmenter le risque de mortalité.
L'objectif des équipes du Li2D est donc de réduire drastiquement les délais diagnostiques afin de permettre une prise en charge thérapeutique plus précoce et plus ciblée.
Le Li2D : une expertise au service du diagnostic rapide
Le Laboratoire d'Innovations Technologiques pour la Détection et le Diagnostic (Li2D), rattaché à l'Institut Frédéric-Joliot, possède une expertise reconnue dans le développement de technologies de détection rapide d'agents pathogènes et de biomarqueurs.
Le Li2D travaille sur l'identification de biomarqueurs précoces dans le sang grâce à des approches de spectrométrie de masse. Ces travaux bénéficient d'une cohorte d'échantillons cliniques unique du CHU de Garches et nécessitent d'importants développements technologiques afin de répondre aux exigences du programme SEPSIS.
Plusieurs chercheurs, ingénieurs et doctorants sont aujourd'hui mobilisés sur ces problématiques, en collaboration avec d'autres équipes de l'Institut Frédéric-Joliot à Saclay et des partenaires hospitaliers.
Des tests rapides… mais surtout plus sensibles
L'un des principaux défis scientifiques du projet réside dans la sensibilité des tests.
Le diagnostic doit être non seulement rapide, avec un objectif de simplicité proche des tests Covid, mais aussi extrêmement précoce pour une orientation thérapeutique précise et rapide.
Les équipes du Li2D concentrent leurs travaux dans l'immédiat sur la génération de nouveaux anticorps, capables de détecter un ensemble de biomarqueurs spécifiques des différents profils inflammatoires avec une meilleure sensibilité de détection, et la découverte de nouveaux biomarqueurs dans le sang en analysant les protéines présentes chez un groupe de patients.
Avec les autres chercheurs impliqués dans l'IHU SEPSIS, le Li2D contribue ainsi au développement d'une nouvelle génération de diagnostics rapides, miniaturisés et hautement sensibles, ouvrant la voie à une médecine plus prédictive et personnalisée des infections graves.