Jusqu'à présent, l'étude de l'impact des ondes électromagnétiques de la téléphonie mobile reposait sur des expériences de laboratoire basées sur un scénario du pire cas. Les études épidémiologiques s'appuyaient, elles, sur des questionnaires déclaratifs, sans mesure objective de l'exposition réelle.
Evaluer la puissance émise et la distance au corps
Pour combler cette lacune, l'ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail) a confié au CEA-Leti la conception d'un instrument de mesure. L'objectif ? Fournir aux épidémiologistes de l'OMS des données fiables sur l'exposition réelle des personnes quand elles utilisent leur téléphone.
« Nous avons conçu l'instrument DEVIN, pour qu'il mesure en continu les paramètres d'exposition aux ondes électromagnétiques, en l'occurrence la puissance émise par la source et sa distance au corps, indispensables à l'analyse, » indique Serge Bories, ingénieur chercheur au CEA-Leti.
C'est ce qu'on appelle un exposimètre dit « voie montante », puisqu'il mesure spécifiquement le signal émis par l'appareil téléphonique. Celui-ci émet 200 milliwatts de puissance au maximum, beaucoup moins que les antennes relais. La différence : il est utilisé tout près du corps, au contact de la peau ou proche du cerveau.
Innover par la miniaturisation
L'innovation du CEA-Leti réside dans l'intégration d'un système complet miniaturisé. DEVIN a été réduit au format d'une carte de crédit d'un centimètre d'épaisseur, pour être fixé sur la coque du téléphone. Il enregistre dix mesures par seconde, à la fois la puissance transmise, la bande de fréquence et la position de l'antenne d'émission par rapport au corps, pour connaître la répartition de l'énergie dans le corps.
« Notre exposimètre a été éprouvé lors de la campagne de mesures ANSES Coriolis auprès de 300 bénévoles en France et testé par différents instituts de recherche en Europe, » confie Serge Bories.
Les résultats montrent une grande diversité des expositions. Par exemple, un appel, téléphone collé à l'oreille, expose davantage que l'envoi d'un SMS, tandis que l'éloignement vis-à-vis de l'antenne relais augmente l'exposition « voie montante ». Plus le lien radio entre l'émetteur et le récepteur est faible, plus le téléphone émet fort pour rester connecté au réseau. Toutes les mesures réalisées sont toutefois restées bien inférieures aux limites réglementaires d'exposition.
Aller au-devant de la 6G
Le projet européen Seawave, piloté par l'université de Thessalonique et impliquant plusieurs partenaires dont le CEA-Leti, a permis de franchir un nouveau cap avec la mise au point d'une version de DEVIN compatible avec la 5G. Celle-ci permet la détection de différentes antennes intégrées dans les smartphones récents et dispose d'une autonomie de plusieurs jours. L'exposimètre ne dépend ni des opérateurs, ni des modèles de téléphone et mesure directement des grandeurs physiques, sans passer par les signaux télécoms, qui sont spécifiques à chaque génération.
« Cette indépendance technologique est l'autre innovation majeure de DEVIN, note Serge Bories. Elle nous permettra de l'utiliser avec les générations de mobiles à venir ! » (dont la 6G).
Cette recherche a conduit à la publication de plusieurs articles scientifiques et offre aux épidémiologistes de rattraper leur retard face au déploiement des réseaux avec cet instrument adapté à la téléphonie en 5G.
« L'histoire ne s'arrête pas là, se réjouit le chercheur. Nous visons déjà une future version de DEVIN compatible avec la 6G. »
Surtout, au-delà de la prouesse technique, cette recherche illustre la capacité du CEA-Leti à développer la technologie au service d'un besoin sociétal.