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Des cithares patrimoniales indiennes datées au carbone 14


​L'étude des instruments de musique modernes bénéficie à son tour d'expertises par la mesure du carbone 14. Une équipe du LSCE a ainsi pu dater la fabrication et la restauration de deux cithares indiennes du Musée de la Musique (Paris), remontant au 17e siècle et non pas au 18e comme admis auparavant.
Publié le 5 août 2019

La datation au carbone 14 radioactif (14C) est couramment utilisée pour les instruments de musique archéologiques anciens mais il n'en va pas de même pour les instruments plus récents, du 16e au 19e siècle.

En effet, la correspondance entre âges 14C et âges calendaires est souvent délicate pour les périodes historiques : des âges calendaires différents peuvent en effet renvoyer à une même teneur en 14C. Pour lever cette ambiguïté, les chercheurs du LSCE proposent une analyse statistique (bayésienne) combinant les résultats de mesure et des indices muséologiques. De plus, la technologie Mini Carbon Dating System (Micadas) dont ils disposent leur offre la possibilité de dater des échantillons beaucoup plus petits qu'auparavant et autorise, pour la première fois, des prélèvements sur des instruments de valeur patrimoniale.

Ils ont étudié de la sorte deux cithares indiennes, une kinnari vînâ et une rudra vînâ. Ces instruments à cordes pincées sont constitués d'un tube en bambou et de résonateurs décorés (noix). Des prélèvements ont été réalisés sur différentes parties de ces instruments et leur teneur en 14C a été mesurée.

Selon leur analyse, la kinnari vînâ, qui compte deux grosses noix et une petite, a été fabriquée en 1678 ± 12. Une pièce en bois située au-dessus de la petite noix affiche cependant un âge discordant avec le reste de l'instrument : 1722 ± 44. Ceci suggère que cette pièce en essence de terap a été remplacée par la suite.

La kinnari vînâ a été acquise en 1892 par le musée et n'a fait l'objet d'aucune restauration depuis lors. Au 19e siècle en Europe, l'utilisation du terap dans la facture instrumentale apparaît très improbable et les luthiers ne connaissent pas assez les instruments traditionnels indiens pour reproduire avec précision la pièce incriminée. Selon toute vraisemblance, la restauration a été effectuée par un luthier indien alors que l'instrument était encore en Inde. Les traces légères d'utilisation musicale de la petite noix suggèrent qu'elle n'a été que peu jouée en comparaison des autres noix de la vînâ. Un point cohérent avec une date de restauration proche de la fin de l'utilisation musicale de la vînâ.

La rudra vînâ qui ne compte que deux noix a, quant à elle, été fabriquée en 1666 ± 16.

Ce travail a été réalisé dans le cadre du projet DatIM (Dater l'instrument de musique moderne) soutenu par la Région Île-de-France et d'une thèse financée par la fondation Patrima et co-encadrée par des chercheurs du LSCE et du Musée de la Musique.

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