L’intensification des extrêmes chauds est principalement due à l’augmentation des concentrations de gaz à effet de serre, mais elle peut être amplifiée par d’autres facteurs, notamment le couplage entre l’assèchement des sols et la surchauffe de l’air, la diminution des émissions de particules de pollution (et donc de leur effet de refroidissement), ainsi que l’urbanisation, en particulier la nuit.
Valérie Masson-Delmotte, Myriam Khodri, co-responsable du Centre « Climat-Société » de l'IPSL et Sophie Godin-Beekmann, directrice de l'IPSL.
Selon l’étude de l’IPSL disponible en ligne ici, quatre enseignements principaux sont à retenir :
Il s’agit d’un événement exceptionnel par son intensité, sa durée, sa précocité et son étendue.
Il se caractérise par un mois de juin extrêmement chaud et sec en France et en Europe ; une vague de chaleur la plus intense enregistrée en France ; des impacts sur l'Europe de l’Ouest et la Méditerranée et s’intègre dans une dynamique de forte accélération de la fréquence des vagues de chaleur depuis la fin du XXe siècle.
Plusieurs facteurs météorologiques et climatiques se renforcent dans un climat plus chaud.
Avec des effets qui se conjuguent : Un blocage anticyclonique persistant favorise l’afflux d’air très chaud ; le réchauffement dû aux activités humaines augmente la probabilité et l'intensité des vagues de chaleurs ; les températures marines exceptionnellement élevées accélèrent la tropicalisation progressive des mers européennes, affectant les échanges d'énergie et d'humidité avec l'atmosphère ; l'assèchement des sols limite l'évaporation et augmente la part de l'énergie solaire utilisée pour réchauffer directement l'air, amplifiant ainsi les températures de surface ; la compression de l'air lors de la subsidence* contribue à des températures supérieures à 40°C au centre de Paris.
La vague de chaleur perturbe l’ensemble du système climatique et des écosystèmes.
La qualité de l’air se dégrade avec davantage d’émissions de composés organiques volatils et la formation d'aérosols organiques et d'ozone ; les impacts sanitaires sont accrus du fait de l’exposition combinée à la chaleur et la pollution ; les vagues de chaleur affectent l’océan et l’ensemble de son écosystème ; les villes deviennent plus vulnérables avec des îlots de chaleur amplifiés et des nuits tropicales, par exemple ; la végétation subit un stress thermique et hydrique extrême qui peut causer des dommages irréversibles, ce qui fut le cas en forêt de Fontainebleau ; les températures extrêmes et le déficit de précipitations sont autant de conditions propices aux feux de forêt et à leur propagation. La fréquence et l'intensité de ces risques composés, successifs, en cascade, augmente avec le niveau de réchauffement planétaire.
Des vagues de chaleur comparables à celle de juin 2026 deviendront plus courantes avec +1,5°C à +2°C de réchauffement mondial, et bien plus intenses au-delà.
Dans ce contexte, l’étude présente quatre recommandations :
- Agir sur les causes pour éviter les risques intolérables (par la réduction des émissions de gaz à effet de serre et des polluants atmosphériques) et simultanément pour limiter le réchauffement et améliorer la qualité de l'air ;
- Anticiper les risques inévitables en se préparant dès aujourd'hui aux événements exceptionnels d'un climat plus chaud avec des actions pour renforcer la résilience (systèmes d'alerte et gestion de risques ; services climatiques) ;
- Adapter les villes et les infrastructures (gestion intégrée des ressources en eau et du risque d'incendies ; santé) ;
- Mieux comprendre pour mieux agir en caractérisant avec précision les facteurs générateurs d'impacts et les éventualités à haut risque à l’aide d’observations avancées pour une vision intégrée du système climatique (satellites, capteurs, réseaux au sol et en mer) et de nouveaux outils pour l’analyse (modélisation multi-échelle et IA) et en coconstruisant de nouvelles approches pour caractériser les éventualités à haut risque dans le climat actuel et futur (trames narratives, stress tests).
* Mouvements descendants à grande échelle d'une masse d'air à l'intérieur d'une zone de haute pression