Des résultats qui redistribuent les cartes de l'évolution des virus géants
Les chercheurs à l'origine de cette étude ont reconstruit 1 202 génomes de mirusvirus, issus de milliers d'échantillons marins et d'eau douce. La caractérisation de ces génomes permet de définir officiellement les mirusvirus comme un second phylum de virus géants, aux côtés des nucléocytovirus.
Parmi les résultats majeurs de cette étude :
✅ Des génomes gigantesques et organisés en modules complexes, avec un répertoire fonctionnel proche des virus géants connus, mais une architecture génétique originale
✅ Une abondance d'introns spliceosomaux, plusieurs centaines par génomee, insérés dans les gènes structuraux clés (capside, queues, portails). Ces introns contiennent fréquemment des endonucleases, suggérant qu'ils sont actifs et mobiles, capables de se propager dans le génome viral.
✅ Les mirusvirus n'ont pas la machinerie de réplication cytoplasmique typique des autres géants viraux. Cela indique une dépendance directe au noyau cellulaire de leur hôte pour la réplication, la transcription et l'épissage.
✅ Sur le plan écologique, ils sont omniprésents, notamment à la surface des océans, et infectent des protistes clés du fonctionnement des écosystèmes marins.
Les analyses phylogénétiques montrent que les mirusvirus ont évolué pour se répliquer dans le cytoplasme pour certaines lignées, dans le noyau pour d'autres. Il est fort probable que les mirusvirus aient conquis la niche nucléaire au cours de l'évolution. Ce basculement pourrait expliquer leur diversification massive et leur succès écologique actuel.
Un nouveau visage de la virologie marine
En révélant des virus géants « à la façon eucaryote », riches en introns et présents dans le noyau de leurs hôtes, cette étude repousse la frontière des connaissances en virologie. Elle ouvre la voie à des recherches clés :
- sur les mécanismes d'épissage viral, jusque-là très rares chez les virus,
- sur l'influence des mirusvirus dans l'évolution génomique des eucaryotes marins,
- et sur leur rôle dans la dynamique des écosystèmes océaniques.
Les mirusvirus représentent désormais un nouvel acteur majeur de la biodiversité marine connue et une zone grise essentielle pour comprendre l'histoire évolutive des virus géants.
Contact : Tom Delmont