La transplantation pulmonaire reste aujourd'hui limitée par la survenue fréquente d'une dysfonction chronique du greffon (CLAD), principale cause de morbidité et de mortalité à moyen et long terme. Malgré les progrès de l'immunosuppression, il n'existe pas de biomarqueur non invasif validé permettant de prédire précocement quels patients développeront cette complication. Identifier des indicateurs biologiques fiables constitue un enjeu clinique majeur.
La molécule HLA-G est connue pour ses propriétés immunomodulatrices et son association avec des états de tolérance immunitaire. Si l'expression de HLA-G au niveau du greffon pulmonaire a déjà été corrélée à une meilleure acceptation du greffon, les dosages plasmatiques de HLA-G soluble se sont révélés peu informatifs. Les auteurs ont donc fait l'hypothèse que la forme vésiculaire de HLA-G, transportée par des vésicules extracellulaires circulantes, pourrait constituer un reflet plus fidèle de l'état immunologique du greffon.

L'étude repose sur l'analyse de 78 patients transplantés pulmonaires issus de la cohorte nationale COLT, tous cliniquement stables durant la première année post-greffe. Les niveaux plasmatiques de HLA-G associé aux vésicules extracellulaires (HLA-GEV) ont été mesurés à 6 et 12 mois après la transplantation, puis corrélés à la survenue du phénotype le plus fréquent d'une CLAD, le syndrome de bronchiolite oblitérante (BOS), et à la survie du greffon à trois ans.
Les résultats montrent que les patients qui développeront ultérieurement une CLAD, en particulier un BOS, présentent une diminution significative des niveaux de HLA-GEV à 12 mois post-transplantation. À l'inverse, des niveaux élevés de HLA-GEV à ce stade sont associés à une probabilité accrue de maintien d'une fonction pulmonaire stable et à une meilleure survie du greffon. Cette association persiste après ajustement sur les principaux facteurs cliniques et immunologiques, faisant de HLA-GEV un facteur prédictif indépendant.
L'étude met également en évidence l'intérêt du suivi dynamique de ce biomarqueur : une baisse des niveaux de HLA-GEV entre 6 et 12 mois est spécifiquement observée chez les patients évoluant vers un BOS, suggérant que cette approche pourrait permettre une détection encore plus précoce du risque de rejet chronique.
Ces résultats soutiennent l'idée que les vésicules extracellulaires porteuses de HLA-G constituent une véritable « biopsie liquide » du greffon pulmonaire, reflétant des mécanismes de tolérance ou de rupture de tolérance immunitaire. Ils ouvrent la voie à une stratification plus fine des patients transplantés et à une adaptation personnalisée du suivi et des stratégies thérapeutiques.
Contact : Nathalie Rouas-Freiss ; Joël Lemaoult