Les vaccins à ARN messager et à vecteur viral ont profondément transformé la lutte contre la pandémie de Covid-19. Toutefois, l'apparition régulière de nouveaux variants capables d'échapper partiellement à la réponse immunitaire rappelle la nécessité de développer des stratégies vaccinales capables d'induire une protection plus durable et plus large, y compris contre d'éventuels coronavirus émergents.
Pour répondre à cet enjeu, les scientifiques à l'origine de cette étude ont développé une plateforme vaccinale originale reposant sur le ciblage des cellules dendritiques, des cellules spécialisées dans l'initiation de la réponse immunitaire. Grâce à un anticorps dirigé contre le récepteur CD40, exprimé à leur surface, les antigènes viraux sont délivrés directement aux cellules responsables de l'activation des lymphocytes B et T. Cette approche vise à optimiser la qualité de la réponse immunitaire tout en s'affranchissant de l'utilisation d'adjuvants, généralement nécessaires pour renforcer l'efficacité des vaccins protéiques.
L'étude compare deux candidats vaccins fondés sur cette technologie. Le premier, CD40.RBDv, présente deux séquences du domaine de liaison au récepteur (RBD) de la protéine Spike, principal déterminant de la neutralisation virale. Le second, CD40.Pan.CoV, intègre à la fois un domaine RBD contenant les principales mutations des variants du SARS-CoV-2 ainsi qu'un antigène plus conservé issu de la protéine Nucléocapside (NCAP). Cette conception a pour objectif d'élargir le répertoire des épitopes reconnus par le système immunitaire et de renforcer la protection contre les variants.
Les deux vaccins ont été évalués chez le primate non humain, modèle de référence pour l'étude des maladies infectieuses humaines. Les équipes du Département IDMIT ont réalisé une caractérisation approfondie des réponses immunitaires induites après vaccination, en analysant aussi bien les anticorps neutralisants que les réponses cellulaires.
Les résultats montrent que les deux candidats induisent une production importante d'anticorps capables de neutraliser efficacement plusieurs variants du SARS-CoV-2. Cette réponse humorale s'accompagne d'une activation robuste des lymphocytes T CD4⁺, indispensables au développement d'une mémoire immunitaire durable, ainsi que de réponses cellulaires contribuant à l'élimination des cellules infectées. Fait remarquable, ces réponses persistent plusieurs mois après la vaccination, témoignant d'une mémoire immunitaire particulièrement stable.


Durabilité et persistance de la réponse anticorps en utilisant la plateforme vaccinale dirigée contre CD40
L'étude montre également que ces candidats vaccins sont capables de renforcer efficacement les réponses immunitaires chez des individus préalablement infectées ou vaccinés contre le SARS-CoV-2, deux contextes particulièrement pertinents au regard de l'immunité aujourd'hui présente dans la population humaine.
Ces travaux illustrent l'intérêt du ciblage des cellules dendritiques comme stratégie vaccinale de nouvelle génération. En favorisant une présentation optimale des antigènes au système immunitaire, cette approche permet d'obtenir une réponse puissante et durable sans recourir à des adjuvants classiques, tout en conservant une excellente tolérance dans le modèle préclinique.
Les équipes du Département IDMIT ont joué un rôle majeur dans cette étude, en réalisant l'évaluation préclinique des deux candidats vaccins chez le primate non humain. Leur expertise dans les modèles d'infection et l'analyse des réponses immunitaires a permis de démontrer le potentiel de cette plateforme vaccinale avant son passage en clinique.
Alors que ces candidats vaccins sont désormais évalués chez l'Homme, cette étude constitue une étape importante vers le développement de vaccins capables de protéger durablement contre les coronavirus actuels et futurs. Plus largement, la plateforme de ciblage du récepteur CD40 pourrait être adaptée à d'autres maladies infectieuses nécessitant une réponse immunitaire robuste et prolongée.
Contact : Romain Marlin