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Le Monde

Peau artificielle : le CEA explore de nouvelles stratégies pour des greffons mieux tolérés chez les grands brûlés


​​​​​​​Quarante ans après les irradiations aiguës consécutives à la catastrophe de Tchernobyl, et alors que des catastrophes plus récentes rappellent la violence des brûlures étendues et la complexité de leur prise en charge, la reconstruction de la peau demeure l'un des grands défis de la médecine régénérative. Pour les patients grands brûlés ou victimes de lésions radiologiques sévères, plusieurs approches innovantes de peau artificielle et d'ingénierie tissulaire ouvrent aujourd'hui de nouvelles perspectives.

Publié le 13 avril 2026

Alors que la reconstruction de la peau reste un défi majeur pour les patients grands brûlés, plusieurs approches innovantes sont en cours de développement. Parmi elles, des travaux menés en collaboration entre le DRCM et le SRHI visent à concevoir des greffons cutanés plus durables et mieux tolérés par le système immunitaire, en combinant ingénierie cellulaire, thérapie génique et médecine régénératrice.

La prise en charge des grands brûlés repose aujourd'hui en grande partie sur les greffes de peau, mais les solutions disponibles présentent encore des limites importantes. Les épidermes cultivés en laboratoire permettent de sauver des vies, mais restent fragiles et ne reproduisent pas pleinement les propriétés mécaniques et fonctionnelles de la peau humaine.

Face à ces défis, la recherche s'oriente vers des approches plus complètes visant à reconstruire une peau fonctionnelle intégrant à la fois l'épiderme et le derme. Dans ce contexte, le DRCM joue un rôle clé dans le développement de nouvelles stratégies de bio-ingénierie cutanée.

Au sein du projet Bioengineered Skin-France, coordonné par Nicolas Fortunel au DRCM en collaboration avec plusieurs partenaires académiques et hospitaliers, les chercheurs explorent notamment l'utilisation de cellules souches cutanées adultes pour produire des greffons de nouvelle génération. Ces cellules présentent un fort potentiel de prolifération et de régénération et leur potentiel thérapeutique est solidement établi. Elles constituent un matériel cellulaire pertinent pour explorer de nouvelles options de bio-ingénierie de substituts cutanés.

Un des axes de recherche majeurs porte sur l'obtention d'un phénomène de tolérance immunitaire vis-à-vis de greffons allogéniques. Les équipes travaillent ainsi sur des approches de « thérapie génique » visant à induire l'expression de la molécule HLA-G, connue pour son rôle dans la tolérance materno-fœtale. L'objectif est de développer des greffons universels, capables d'échapper au rejet immunitaire, et donc utilisables à grande échelle sans nécessiter de cellules autologues.

Cette stratégie pourrait permettre de dépasser les limites actuelles des cultures cellulaires personnalisées, coûteuses et difficiles à mettre en œuvre en urgence. À terme, elle ouvre la perspective de banques de tissus cutanés prêts à l'emploi, disponibles immédiatement pour les patients.

En parallèle, d'autres approches complémentaires sont explorées au niveau national et international, notamment l'utilisation de cellules souches pluripotentes ou le développement de technologies de bio-impression 3D. Ces innovations pourraient transformer en profondeur la prise en charge des brûlures sévères dans les années à venir.

Malgré ces avancées, la peau artificielle totalement fonctionnelle reste un objectif à long terme. Néanmoins, les travaux en cours témoignent d'une dynamique de recherche forte et structurante pour répondre à cet enjeu majeur de santé publique.

Contact : Nicolas Fortunel

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