Vous êtes ici : Accueil > Actualités > Une nouvelle arme fatale pour le bacille Pseudomonas aeruginosa, multi-résistant aux antibiotiques

Résultat scientifique | Santé & sciences du vivant | Antibiotique

Une nouvelle arme fatale pour le bacille Pseudomonas aeruginosa, multi-résistant aux antibiotiques


Une collaboration entre des équipes mixtes du CEA-IRTSV [1] à Grenoble (CNRS/Inserm/CEA/Université Joseph Fourier) et des médecins du CHU de Grenoble a permis d’identifier un nouveau facteur de virulence du pathogène opportuniste Pseudomonas aeruginosa, une bactérie qui sévit partout dans le monde, couramment nommée bacille pyocyanique. Ce pathogène provoque fréquemment des infections pulmonaires aiguës ou chroniques, en particulier chez les personnes atteintes de mucoviscidose ou hospitalisées en services de soins intensifs. Deux voies essentielles de virulence de P. aeruginosa au niveau des poumons infectés sont ainsi identifiées : la première, déjà connue, provoque une inflammation tissulaire par injection de toxines ; la seconde, décrite ici, provoque une hémorragie par un mécanisme impliquant une nouvelle toxine libérée à proximité des cellules. Ces deux voies devront désormais être prises en compte pour le développement de nouveaux antimicrobiens ou de vaccins, la résistance aux antibiotiques actuels ne cessant d’augmenter chez ce pathogène. Ce résultat est publié dans ‘Cell Host & Microbe’, le mercredi 12 février 2014.​

Publié le 13 février 2014

​Les médecins hospitaliers connaissent bien Pseudomonas aeruginosa, ce pathogène opportuniste fréquemment responsable d’infections pulmonaires graves, aiguës ou chroniques. La grande capacité de cette bactérie à acquérir des résistances aux antibiotiques en fait une cible privilégiée pour le développement de nouvelles stratégies thérapeutiques.  Ces dernières visent à inhiber les facteurs de virulence microbiens plutôt que leur multiplication. Classiquement, le pouvoir pathogène du bacille pyocyanique est largement attribué à son système de sécrétion de type III (SST3). Il s’agit d’une véritable aiguille moléculaire qui injecte des toxines directement dans les cellules de l’immunité ou des barrières pulmonaires et vasculaires, entraînant des dégâts tissulaires majeurs.

Des chercheurs de l’équipe Pathogénie Bactérienne et Réponses Cellulaires  (CNRS) du laboratoire Biologie de Cancer et de l’Infection (INSERM – CEA – Université Joseph Fourier-Grenoble I) du CEA-iRTSV, en collaboration avec des médecins du Service de Réanimation et du Laboratoire de Bactériologie-Hygiène Hospitalière du CHU de Grenoble, ont identifié un nouveau mécanisme de virulence chez une souche de Pseudomonas aeruginosa. Nommée CLJ1,celle-ci a été isolée au CHU de Grenoble chez un patient décédé d’une pneumonie hémorragique qui a aggravé une insuffisance respiratoire chronique.

Les chercheurs ont montré que cette souche était hypervirulente chez un modèle rongeur alors qu’elle ne possède pas les toxines les plus connues, ni l’aiguille du SST3. Elle provoque une hémorragie pulmonaire fatale chez des modèles infectés, comparable à celle observée chez le patient.

[1] Institut de recherche en technologies et sciences pour le vivant du CEA

L’analyse comparative des protéines sécrétées par différentes souches de Pseudomonas aeruginosa, réalisée par l’équipe Étude de la Dynamique des Protéomes (EDyP) du Laboratoire de Biologie à Grande Echelle (INSERM – CEA – Université Joseph Fourier-Grenoble I) du CEA-iRTSV, a permis d’identifier chez l’une des souches une nouvelle cytolysine, nommée Exolysine A. Celle-ci entraine la mort des cellules infectées en provoquant leur rétraction, la désorganisation de leursquelette d’actine et la perméabilisation de leur membrane externe.

Des souches de Pseudomonas aeruginosa responsables de pathologies variées, collectées dans divers hôpitaux aux Etats-Unis et en Europe, ont également la capacité de sécréter l’Exolysine A. Ce qui indique que ce  type de souche est de répartition mondiale. Il est donc essentiel de prendre en compte ce nouveau mécanisme de virulence pour le développement de nouveaux antimicrobiens visant Pseudomonas aeruginosa.


Haut de page