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Propulsion nucléaire :

50 ans sous les mers

, Chapitre 1

Propulser les sous-marins fut l'une des premières applications envisagées pour les réacteurs nucléaires il y a soixante ans. Récit...




Grâce aux gaz à effet de serre, la température moyenne autour de la terre est de 15°C. Mais depuis le début de l'ère industrielle, leur taux a augmenté dans l'atmosphère, risquant d'entraîner des profonds bouleversements climatiques...
Créé en 1993, le Service technique mixte des chaufferies nucléaires de propulsion navale réunit trente-six spécialistes...
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La propulsion nucléaire française vient de souffler ses 50 bougies. Depuis 1953 et la décision de construire un sous-marin nucléaire, l'eau a coulé. Aujourd'hui, la France possède onze bâtiments en service, dix sous-marins et un porte-avions, qui tirent leur énergie de la fission de l'uranium. Une épopée à laquelle participe le CEA depuis le début. Du tout premier prototype terrestre aux réacteurs compacts des plus récents navires de la flotte et de leurs futurs héritiers, il est en effet maître d'ouvrage de toutes les chaufferies nucléaires navales. Petite plongée dans cette aventure d'un demi-siècle.

Discrets avant tout

Le 13 juillet 2001, à Brest, l'Ouessant est désarmé après vingt-trois ans de service. Il ne prendra plus la mer sous les couleurs de l'Hexagone. Une page de l'histoire de la Marine française est tournée. Il est en effet le dernier sous-marin dit classique, c'est-à-dire à propulsion diesel-électrique. Désormais, tous les sous-marins français fonctionnent grâce à l'énergie nucléaire. « Le rêve des sous-mariniers a toujours été de disposer de bâtiments dotés d'une propulsion anaérobie [qui n'a pas besoin d'oxygène, Ndlr] », raconte Jacques Chenais, directeur de la Propulsion nucléaire au CEA. Et pour cause : par définition, un sous-marin doit rester le plus longtemps et le plus discrètement possible en immersion. Une gageure lorsque le mode de propulsion, comme le diesel-électrique, nécessite quelques bouffées d'air frais et donc des remontées en surface régulières ou l'utilisation d'une sorte de gros tuba, le schnorkel, facilement repérable.

De fait, la fission de l'uranium comme source d'énergie pour les sous-marins est l'une des premières applications envisagées de la filière nucléaire électrogène, née en 1942. Et cette volonté d'élaborer des navires nucléaires va ni plus ni moins aboutir à la création des Réacteurs à eau pressurisée (REP) fonctionnant à partir d'uranium enrichi. « Malheureusement, il n'a pas été possible d'en réduire les dimensions au point de pouvoir le faire entrer dans un sous-marin », raconte Jacques Chenais. Le projet est abandonné.

• Le porte-avions Charles-De-Gaulle,
• Les sous-marins nucléaires lanceurs d'engins,
• Les sous-marins nucléaires d'attaque.

Un système en constante évolution

C'est alors que les États-Unis acceptent de fournir de l'uranium enrichi aux pays alliés, dont la France. Avec une condition toutefois : cet uranium ne servira qu'à la conception de prototypes à terre et ne devra en aucun cas être chargé sur un sous-marin. Qu'à cela ne tienne : le CEA développe à Cadarache le PAT, un réacteur à eau pressurisée, installé dans un tronçon de coque immergé, qui diverge en avril 1964. « Chercheurs et ingénieurs du CEA ont mis au point ce REP pour la propulsion navale sans aucune aide étrangère, notamment américaine », précise Jacques Chenais.
Neuf mois plus tard, la première unité d'enrichissement de Pierrelatte est mise en service. La France produit désormais son propre uranium enrichi et peut donc développer un sous-marin nucléaire en toute indépendance. Le Redoutable, premier sous-marin nucléaire lanceur d'engins (SNLE), prend la mer le 29 mars 1967. Suivront cinq autres SNLE, six sous-marins nucléaires d'attaque (SNA) Rubis, la nouvelle génération de SNLE du type le Triomphant et, enfin, le porte-avions Charles-de-Gaulle, premier bâtiment de surface à propulsion nucléaire.
Et l'avenir ? « La propulsion nucléaire est un système complexe en constante évolution, analyse Jacques Chenais. Pour les sousmarins océaniques, elle sera difficilement remplacable. Seule une vraie rupture technologique, inenvisageable à court terme, pourrait éventuellement la supplanter. » La France, elle, a décidé de la pérenniser, avec notamment le programme de sous-marins d'attaque de nouvelle génération Barracuda et surtout le futur réacteur d'essai à terre RES.

Construction navale : du coeur à l'ouvrage

Dans le cadre de la politique de défense de la France, la décision de construire un navire à propulsion nucléaire résulte d'un consensus entre les besoins exprimés par la Marine nationale et les orientations politiques et budgétaires du gouvernement. Au final, c'est le Président de la République, également Chef des Armées, qui tranche. L'élaboration d'un sous-marin nucléaire est régie par deux maîtres d'ouvrage :

• La Délégation Générale pour l'Armement (DGA) a pour missions d'orienter les développements en équipements militaires pour les trente ans à venir, de conduire les programmes d'armement et de développer la coopération européenne. Pour la propulsion navale, elle est maître d'ouvrage de l'ensemble du navire.
• Le CEA est maître d'ouvrage de la chaufferie nucléaire. IL reste propriétaire à vie du coeur et du combustible.

Ces deux maîtres d'ouvrage passent commande auprès d'un groupement de quelques milliers d'industriels, mené par deux entreprises principales :

• Société privée à capitaux publics depuis 2003, DCN est maître d'oeuvre de l'ensemble du navire. Celui-ci est réalisé sur son site de Cherbourg selon un mode d'assemblage modulaire, c'est-à-dire par tranches. La cuve, le générateur de vapeur et les accessoires qui composent le réacteur sont, eux, fabriqués sur le site DCN-Indret de Nantes et sont ensuite transportés par barge jusqu'à Cherbourg.
• Créée en 1972, la société Technicatome est issue de la fusion des départements de construction des piles et de la propulsion navale du CEA et fait aujourd'hui partie du groupe Areva. Elle est maître d'ceuvre de la chaufferie nucléaire, du coeur et du combustible.


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