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Dossier | Défense | Séismes - Tsunami

Tsunami : quand l'onde se propage (6/6)

Les territoires français pourraient-ils être touchés par un tsunami ? Aujourd’hui, les experts répondent par l’affirmative. Mais existe-t-il des moyens de prévenir les conséquences de ce phénomène ?

Mis à jour en février 2007

LE TSUNAMI
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Environ 7 heures après le séisme au large de Sumatra, le tsunami a atteint les côtes réunionnaises avec des vagues, dont certaines de 2,50 m , qui ont provoqué près de 500 000 euros de dégât matériel.
La France est-elle sans faille ?

À la Réunion, en Polynésie, aux Antilles et même en métropole, l'éventualité d'un tsunami existe. Face à ce risque, former et informer les populations reste un facteur déterminant.

Le séisme du 26 décembre 2004 l'a rappelé : la Terre bouge et aucune côte ne peut vraiment se targuer de pouvoir échapper à ses colères marines. Ainsi, l'onde de choc du tsunami qu'il a provoqué a atteint l'île de la Réunion . La menace existe également pour la Polynésie , les Antilles et même la métropole. « Pour les îles polynésiennes, le risque réside dans les tsunamis transpacifiques, explique François Schindelé, conseiller scientifique à la Direction des applications militaires. Générés dans les zones de subduction entourant le Pacifique, s'ils sont assez hauts, ils peuvent traverser tout le bassin océanique et être dévastateurs à plusieurs milliers de kilomètres. » Ainsi, le tsunami provoqué par le séisme du Chili de 1960 a fait près de 180 victimes à Hawaï et au Japon près de vingt heures plus tard. Cependant, la Polynésie demeure sous la surveillance du seul système d'alerte national et international existant à ce jour (voir article “ À l'écoute du globe ”). Dans cette région, les distances sont telles qu'une fois l'alarme donnée, il restera a priori du temps pour organiser l'évacuation.

Un tel système d'alerte n'existe pas aux Antilles. « Situées dans une zone active, elles ont été touchées par des vagues une quinzaine de fois depuis 1551. Néanmoins, le risque le plus grand pour ces îles reste le séisme lui-même », précise François Schindelé. Dans un scénario extrême, la fracture de l'arc caraïbe en une fois, le tsunami traverserait l'Atlantique et atteindrait la métropole. Un scénario que les scientifiques n'excluent plus après l'ampleur du séisme survenu dans l'océan Indien. Les sources potentielles de tsunami concernant la France métropolitaine ne se limitent pas à la zone des Antilles. Des témoignages d'époque ont révélé que le tsunami consécutif au tremblement de terre de Lisbonne en 1755 provoqua des inondations à La Rochelle et dans le golfe du Morbihan, et des vagues de plusieurs mètres de haut sur les côtes sud-ouest de l'Angleterre et aux Antilles. En Méditerranée, des failles actives le long de l'Algérie et en mer Ligure (entre Nice et la Corse), assez peu connues, pourraient produire localement des vagues de quelques mètres d'amplitude. En 2003, le tsunami généré par le séisme de Boumerdès de magnitude 6,8, dans la région d'Alger, a causé des dégâts aux Baléares. En une heure, il a atteint la Côte d'Azur où des vagues d'une dizaine de centimètres ont été enregistrées dans certains ports. « Lors d'un tremblement de terre plus puissant, il n'est pas exclu qu'un tsunami de quelques mètres puisse alors se produire sur la Côte d'Azur », confirme François Schindelé. D'où l'importance d'informer les populations sur les risques et la conduite à tenir, si un jour la mer se retirait brusquement, signe annonciateur de vagues dévastatrices.
 

À l'écoute du globe  

Les compétences du Département analyse, surveillance, environnement du CEA couvrent un vaste domaine…
Littéralement, tsunami signifie “ onde de port ”
en japonais.
Il s'agit d'un train de vagues créé le plus souvent
par un séisme sous-marin...

À l'instar du système qui existe dans le Pacifique, un dispositif d'alerte doit être adapté à d'autres zones géographiques. Avec une ambition : pouvoir “surveiller” tout le globe en 2007.

« Face à un tsunami, la population doit savoir se protéger toute seule. » François Schindelé, également président du Groupe international de coordination du système d'alerte aux tsunamis dans le Pacifique, est catégorique. La prévention passe nécessairement par l'éducation des populations. « Le seul système d'alerte existant aujourd'hui, dans le Pacifique, peut confirmer la formation d'un tsunami en moins de trois heures, ajoute-t-il. C'est suffisant pour les régions éloignées, mais c'est trop long pour avertir à temps les habitants proches de l'épicentre. Le but est d'améliorer le réseau pour réduire ce délai à moins d'une heure. » Créé en 1965, ce système d'alerte repose sur la participation de 26 États, dont les centres nationaux travaillent en coordination. Pour la France, il s'agit du Centre polynésien de prévention des tsunamis, basé à Tahiti et géré par le Laboratoire de détection et de géophysique du CEA.

Océans sous surveillance
Quelques centaines de stations sismiques et de mesure du niveau de la mer surveillent ainsi l'océan. « Une préalerte est donnée environ dix minutes après le séisme, explique François Schindelé. Elle doit ensuite être confirmée par le réseau de mesure du niveau de la mer, ce qui prend entre une et trois heures. » Pourquoi attendre la confirmation ? Parce qu'un séisme, même fort, ne va pas nécessairement provoquer un tsunami dans tout le Pacifique. « Et nous ne pouvons pas lancer de fausses alertes, cela réduirait à néant nos efforts de prévention », indique le chercheur du CEA. Lui et ses collègues de la Commission océanographique intergouvernementale de l'Unesco planchent maintenant sur la mise en place d'un système similaire dans l'océan Indien. « Le réseau devra être plus dense afin de réduire les délais d'alerte à vingt minutes au maximum », explique-t-il. Une réflexion est aussi engagée pour l'Asie du Sud-Est, la Méditerranée , les Caraïbes et l'Atlantique. À terme, l'Unesco souhaite que fin 2007, tout le globe soit surveillé.


 

Questions à Hélène Hébert

Géophysicienne à la Direction des applications militaires, Hélène Hébert revient, pour Les Défis du CEA, sur les travaux de simulation des tsunamis qui permettent de mieux connaître ces phénomènes.
Quel intérêt présente la simulation des tsunamis ?
Elle nous permet de mieux connaître la direction de propagation des vagues, leur hauteur et vitesse maximales, leur comportement à l'arrivée sur le littoral, et apporte ainsi des renseignements pratiques sur les zones potentiellement inondables. Nous travaillons actuellement sur le futur port de commerce de Tahiti ainsi que sur son aéroport. Nos modélisations permettront de dimensionner les installations de façon à limiter au maximum les dégâts que causerait un éventuel tsunami.

Comment réalisez-vous ces simulations ?
Nos modèles prennent en compte la magnitude et la localisation exacte de l'événement sismique à l'origine du tsunami. Des données sur la bathymétrie côtière, difficiles à recueillir, nous sont également nécessaires, c'est-à-dire la profondeur des eaux, et la topographie des lieux. Les calculs permettent ensuite de zoomer progressivement avec des résolutions de l'ordre de 5 km dans l'océan, et de 10 à 20 m sur les côtes. Nous validons nos modèles en comparant les résultats à des données historiques.


Le tsunami du 26 décembre fait-il déjà l'objet de simulations ?
Oui, mais nous n'en sommes encore qu'au tout début. Il nous faut récupérer le plus de données possible, et les informations sur le séisme qui l'a provoqué sont encore préliminaires. Dans le cas de cet événement, l'épicentre est difficile à déterminer. La zone de rupture s'étend sur plusieurs centaines de kilomètres, mais nous ne savons toujours pas sur combien exactement. Nous avons également besoin de plus de données sur la bathymétrie et la topographie de cette région, et sur celles qui ont été touchées plus loin (Thaïlande, Inde, mais aussi la Réunion …). Il faudra sans doute deux ans avant d'obtenir des simulations précises sur les zones affectées. De même, le séisme du 28 mars dernier, qui s'est produit à quelques kilomètres sur la même faille, fait l'objet de calculs. Ils permettront d'expliquer pourquoi, malgré sa magnitude, il a généré un tsunami modéré, en précisant localement le rôle de la géométrie de la faille et de la bathymétrie.
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