Lever les freins de l'immunité myéloïde
Les stratégies ciblant les checkpoints immunitaires cherchent à lever certains mécanismes qui freinent naturellement l'activation du système immunitaire. Dans le contexte du VIH, elles se sont jusqu'à présent principalement intéressées aux lymphocytes T. Les chercheurs ont choisi d'explorer une autre voie en ciblant LILRB1 et LILRB2, deux récepteurs inhibiteurs notamment présents à la surface des cellules myéloïdes, comme les monocytes, macrophages et cellules dendritiques.
Ces récepteurs transmettent des signaux susceptibles de limiter l'activation de ces cellules et, par conséquent, leur capacité à soutenir efficacement la réponse immunitaire antivirale.
Un double blocage pour stimuler la réponse immunitaire
Les chercheurs ont développé mac20G10, un anticorps monoclonal capable de bloquer simultanément LILRB1 et LILRB2 chez le macaque cynomolgus. Ils l'ont évalué dans un modèle préclinique d'infection par le SIV, virus apparenté au VIH.
Le traitement entraîne rapidement une activation accrue de plusieurs populations de cellules myéloïdes, notamment caractérisée par une augmentation de l'expression de CD80, une molécule importante dans l'activation des lymphocytes T. Cette modification précoce de l'immunité innée est associée, au cours de la phase chronique de l'infection, à une réponse mémoire plus importante des lymphocytes T CD8+ spécifiques du SIV.

Ces résultats montrent ainsi qu'en agissant sur les cellules myéloïdes dès les premières étapes de l'infection, il est possible d'influencer durablement la réponse immunitaire adaptative dirigée contre le virus.
Une nouvelle piste d'immunothérapie à explorer
Malgré l'amélioration des réponses immunitaires observée, le blocage de LILRB1 et LILRB2 n'a pas permis de réduire la réplication virale dans les conditions de cette étude. Cette stratégie n'est donc pas suffisante, à elle seule, pour contrôler l'infection.
Elle apporte néanmoins une preuve de concept montrant que les checkpoints des cellules myéloïdes constituent des cibles potentielles pour moduler la réponse antivirale. Les auteurs proposent notamment d'explorer cette approche en association avec d'autres stratégies immunothérapeutiques et dans le contexte d'une infection contrôlée par traitement antirétroviral.
Contact : Benoît Favier