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Prix Irène Joliot Curie pour Bérengère Dubrulle, femme scientifique de l’année


Directrice de recherche au Service de physique de l'état condensé (CEA/CNRS/Université Paris-Saclay), Bérengère Dubrulle est nommée « Femme scientifique de l’année » par l’Académie des sciences en lui décernant le prix Irène Joliot-Curie 2022.


Publié le 23 novembre 2022

Décerné par le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation avec le soutien de l’Académie des sciences et de l’Académie des technologies, le prix Irène Joliot-Curie vise à promouvoir la place des femmes dans la recherche et la technologie en France. Bérengère Dubrulle est lauréate de la catégorie Femme scientifique de l’année, pour sa contribution remarquable à la recherche publique.

« Sur la place des femmes en sciences, on part de loin ! Ni Marie Curie, ni Irène Joliot-Curie, bien que toutes deux récipiendaires d’un prix Nobel, n’ont été admises à l’Académie des sciences. Il reste encore des progrès à faire, même si le CEA et le CNRS œuvrent à rendre la place des femmes beaucoup plus visibles en science, explique Bérengère Dubrulle. Le prix Joliot-Curie est exemplaire, en ce sens qu’il permet lui aussi de mettre en avant les femmes scientifiques et de susciter ainsi des vocations. J’en suis un bon exemple : ma vocation est née lorsque j’avais 8 ans, en découvrant dans un livre d’histoire des images de Marie Curie en train de travailler. Nous avons besoin de modèles féminins en science pour que les jeunes filles d’aujourd’hui puissent s'y identifier et se lancer à leur tour dans une carrière scientifique. »

Spécialiste de la turbulence

Bérengère Dubrulle est une physicienne qui explore la turbulence dans les fluides et ses applications en astrophysique et géophysique telles que la formation du système solaire ou les changements climatiques brutaux. « Tous les systèmes naturels, géophysiques ou astrophysiques contiennent des fluides. Sur la Terre, l’atmosphère et l’ocean sont fluides. Et dans tous ces fluides, il y a de la turbulence. C’est un état des fluides qui se manifeste par l’apparition de tourbillon, explique-t-elle. Ces tourbillons dans l’atmosphère peuvent être de grosses tornades, des ouragans, des anticyclones et des cyclones. Il y en a aussi dans l’océan. »

Après son entrée au CNRS en 1991, Bérengère Dubrulle travaille à l'Institut de recherches météorologiques de Tsukuba (Japon) puis commence à étudier l’intermittence en turbulence à partir de 1994. En 2001, elle rejoint le Service de physique de l'état condensé (SPEC, CEA/CNRS/Université Paris-Saclay) comme directrice de recherche pour travailler sur les explications théoriques et expérimentales de phénomènes astrophysiques ou géophysiques.

La dissipation dans les systèmes turbulents : des recherches prometteuses

Entre autres travaux importants, depuis 2015, Bérengère Dubrulle a très largement participé à ouvrir un nouveau champ de recherche en étudiant la dissipation d'énergie au sein des mouvements turbulents dans un liquide visqueux. Son équipe a ainsi mis en évidence la présence, à petite échelle, de plusieurs types d'événements rares, mais intenses, de dissipation d’énergie par un processus indépendant de la viscosité.

La maîtrise de la dissipation d'énergie dans les écoulements fluides est un sujet de première importance dans un grand nombre de domaines, aussi variés que l'aéronautique, la navigation, l'astrophysique ou les études sur le climat… Comprendre les phénomènes de turbulence constitue donc un enjeu scientifique, technologique et économique important.

« Jusqu’il y a quelques temps, nous nous intéressions surtout aux grandes échelles, pour modéliser notamment le climat à l’échelle de la France ou encore d’une région. Nous avons fini par nous apercevoir que l’on passait à côté de phénomènes très importants qui se produisent à très petites échelles, sous formes d’événements très intenses de dissipation, souligne Bérengère Dubrulle. Nous nous sommes attachés récemment à construire une expérience, intitulée Giant Von Karman (GVK), qui nous permet d’accéder à ces petites échelles. C’est un vrai défi technologique que de faire des observations de la turbulence sous l’échelle de Kolmogorov*, cela n’a jamais été fait auparavant. Il faut pour cela des caméras très rapides, des lasers, toute une batterie de traitement d’images ainsi que des théories mathématiques complexes. Mon objectif cependant est de chercher des moyens de décrire des fluides d’une manière sobre et efficace, en évitant la consommation excessive d’énergie des ressources informatiques. Cela a été le fil conducteur de toute ma recherche. »

Sensibilisation et transmission des savoirs

Au-delà des apports de ses travaux sur la turbulence, Bérengère Dubrulle contribue au partage des savoirs en physique en tant que directrice de l'École de physique des Houches depuis 2020. Elle s'implique également dans la transmission de la physique auprès du grand public en participant à de nombreuses actions de médiation scientifique. En particulier elle est coautrice, avec la climatologue du CEA Valérie Masson-Delmotte, du livre Le Climat : de nos ancêtres à vos enfants qui sensibilise les plus jeunes au changement climatique.

Récompenses et Distinctions

  • 1993 : médaille de bronze du CNRS
  • 2008 : Grand Prix Madame Victor Noury de l'académie des sciences
  • 2017 : médaille d'argent du CNRS 2021: médaille Lewis Fry Richardson de l’European Geophysical Union
* Echelle à partir de laquelle les tourbillons sont détruits par la viscosité, par les frottements des molécules de l’air. Ils sont ainsi dissipés en chaleur. Il existe des tourbillons qui tournent tellement vite, qui sont tellement rapides, qu’ils arrivent à échapper à cette effet, à subsister en dessous de cette échelle et y produire des événements très intenses.

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