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DECRYPTAGE - L'OEIL DE L'EXPERT

Aider la recherche sur le cerveau à progresser


Lucie Hertz-Pannier, responsable de l’Unité de recherche en NeuroImagerie Applicative Clinique et Translationnelle de NeuroSpin au CEA, nous explique en quoi la participation de volontaires à la recherche sur le cerveau est cruciale.


Publié le 18 octobre 2021

Pourriez-vous nous rappeler quelles sont les recherches sur le cerveau menées à NeuroSpin ?

Le nom de « NeuroSpin » résume très bien l’ensemble des recherches qui y sont menées par les chercheurs du CEA mais aussi par des intervenants issus de toutes les institutions de recherche françaises : INSERM, CNRS, INRIA, Institut Pasteur, centres hospitaliers, ... Nous sommes tous unis autour du terme « Neuro », soit l’étude du cerveau. Nous cherchons ainsi à comprendre la structure, la fonction, la chimie, le développement, l’adaptation et l’évolution du cerveau humain et ce qui fait sa singularité. Le terme « Spin » fait référence à des techniques d’imagerie utilisant des ondes électromagnétiques. Il s’agit notamment de l’IRM à des champs divers et variés, de l’électroencéphalographie ou encore de la magnétoencéphalographie. Nous avons à NeuroSpin des installations de pointe qui permettent d’explorer finement et de façon non invasive l’activité du cerveau.


VidéoLa neuroimagerie, un outil d'investigation clinique


A NeuroSpin, on travaille sur 4 axes de recherche : la méthodologie de construction des machines d’imagerie médicale, les méthodologies d’analyse des données du cerveau issues de l’imagerie, la cognition humaine au sens large (à l’échelle individuelle mais aussi à l’échelle de populations spécifiques) ainsi que les applications cliniques, c’est-à-dire la recherche sur les maladies cérébrales. Nous cherchons notamment à mieux comprendre les maladies liées au neurodéveloppement telles que l’autisme, la dyspraxie, la schizophrénie ou bien encore les maladies liées au vieillissement du cerveau, comme Alzheimer ou Parkinson.

Les objectifs sont :

  • D’une part, de trouver des « signatures » de ces maladies qui permettraient d’améliorer les diagnostics et le suivi des patients et notamment de dépister de façon anticipée certaines maladies avant que les symptômes se déclarent. On sait par exemple que le jour où une personne développe les premiers symptômes de la maladie d’Alzheimer, cela fait 10 ans environ que celle-ci a évolué silencieusement, nous avons donc 10 ans de retard pour sa prise en charge.
  • D’autre part, de tester l’efficacité de certains traitements thérapeutiques.

VidéoNeuroSpin - Voir le cerveau grâce à l'IRM

Pourquoi faites-vous appel à des volontaires pour vos recherches ? Quels sont les profils des volontaires ?

Le recrutement dans le grand public ne concerne que des volontaires sains, c’est-à-dire des sujets ne présentant aucune pathologie déclarée. Les volontaires sains font progresser la recherche sur le cerveau de différentes manières. Ils permettent aux chercheurs de vérifier que les méthodes innovantes d’imagerie et d’analyse des données cérébrales, développées au laboratoire Baobab (Building large instruments for neuroimaging: from population imaging to ultra-high magnetic fields) de NeuroSpin, fonctionnent bien. Ces méthodes d’instrumentation et d’analyse des données ne sont testées sur des sujets humains qu’après avoir reçu toutes les autorisations réglementaires et éthiques.

Dans le cadre des recherches menées par l’Unité de recherche en Neuroimagerie Cognitive (UNICOG), dédiées à l’étude des mécanismes structurels et fonctionnels de la cognition humaine (mathématiques, conscience, lecture, langage, ...), nous avons également besoin de sujets sains pour comprendre les mécanismes cognitifs mis en jeu.

Les volontaires nous aident aussi à mener nos recherches sur le diagnostic précoce et le pronostic de maladies cérébrales. En effet, il nous est nécessaire de faire chez eux les mêmes études et analyses que chez les malades, pour pouvoir pointer les différences liées à la maladie. Dans ce contexte, les volontaires sains sont appelés des sujets « contrôles ». Ainsi, pour détecter de nouveaux signes de la sclérose en plaques sur des sujets âgés de 25 ans, il nous faudra étudier aussi des sujets de 25 ans comparables mais non malades. Quand nous mettons en place de tels protocoles de recherche, les sujets « contrôles » sont recrutés par NeuroSpin et les patients malades sont sollicités par les médecins avec lesquels nous travaillons.


VidéoComment devenir volontaire ?

Comment se passe l’inscription et l’accueil des volontaires ?

L’Unité de recherche en NeuroImagerie Applicative Clinique et Translationnelle (UNIACT) que je dirige est en charge de la plateforme de recherche clinique et de l’accueil des volontaires pour l’ensemble des recherches de NeuroSpin. Au sein de mon équipe, une personne est responsable de tout ce qui concerne l’éthique et la réglementation. Les protocoles de recherche sont en effet très strictement encadrés et contrôlés par les Ministères des Solidarités et de la Santé et de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation ainsi que par la CNIL (Commission Nationale de l'Informatique et des Libertés). Ils sont de plus validés par le Comité de Protection des Personnes et autorisés par l'ANSM (Agence Nationale de Sécurité du Médicament). Une autre personne a pour mission de recruter les volontaires, de motiver ces derniers en donnant du sens à leur démarche et en leur apportant toutes les informations utiles. Au quotidien, trois infirmières, dont une infirmière puéricultrice, trois manipulateurs radio spécialisés en IRM et neurosciences, mettent en œuvre ces protocoles.

Les volontaires sains sont recrutés via des appels à destination du grand public diffusés sur notre site internet, dans les journaux locaux, des affiches dans les lieux publics du plateau de Saclay ou encore via des relais que nous avons dans les hôpitaux. Tous les moyens de communication sur ces appels à volontaires sont déclarés et contrôlés.

Les volontaires prennent ensuite contact avec nous par téléphone : une infirmière passe avec eux en revue un certain nombre de critères de sélection. En effet, tous les volontaires ne peuvent être recrutés. L’infirmière va ainsi s’informer sur l’historique de santé des personnes, vérifier qu’elles ne présentent pas de contre-indications formelles à l’IRM (par exemple, présence d’un corps métallique, d’un pacemaker,...). Elle crée ensuite un numéro d’identification communiqué au volontaire qui l’utilisera pour s’inscrire sur un site Internet proposant les différents protocoles de recherche en cours. Nous respectons scrupuleusement l’anonymat des volontaires et nous nous conformons au règlement général sur la protection des données (RGPD).

Selon les termes de la loi, nous recueillons toujours le consentement libre et éclairé des volontaires. Libre, parce que les volontaires, même s’ils ont donné leur consentement par écrit, peuvent le retirer à tout moment. Eclairé parce que nous informons le sujet sur ce à quoi il s’engage, nous répondons à ses questions et nous nous interdisons de faire quoi que ce soit d’autre que ce à quoi il s’est engagé. Nous attendons cependant des volontaires qu’ils aillent jusqu’au bout de leur engagement. En effet, lorsqu’un volontaire s’engage à venir plusieurs fois et qu’il abandonne en cours de route, c’est toute la recherche qui est perdue.

Les volontaires âgés de 18 ans et plus sont indemnisés selon les barèmes officiels déclarés. Selon les protocoles, les volontaires peuvent venir une seule fois pour deux heures ou bien sur plusieurs jours. La loi française n’autorise pas d’indemniser les volontaires mineurs.


VidéoL'accueil des volontaires, adultes et enfants, à NeuroSpin

Quel est l’apport sociétal de ces recherches ?

Avoir des sujets sains qui participent volontairement aux différentes études que nous menons est tout simplement indispensable à nos recherches et à l’avancée de la science en général. Les volontaires sont de véritables partenaires de nos recherches. Par ailleurs, c’est grâce à cet engagement citoyen que nous pouvons acquérir de nouvelles données et des connaissances plus fines sur le cerveau et sa mécanique de fonctionnement et répondre à de nombreuses problématiques : quels sont en imagerie les signes précurseurs de troubles du développement, de maladies neurodégénératives ? Comment notre cerveau apprend-il à lire, interpréter des images ? Tout ceci a pour but d’aider à mieux comprendre les mécanismes de cognition du cerveau, et, dans le cadre de maladies cérébrales, de mieux diagnostiquer, prendre en charge plus tôt les maladies et trouver des traitements adaptés.

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