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L’essentiel sur…

La fusion nucléaire

Publié le 8 février 2015

​La fusion nucléaire est une réaction physique qui se déroule au cœur des étoiles : des noyaux atomiques fusionnent, dégageant l’énergie à l’origine de la lumière et de la chaleur qu’émettent les étoiles. Les quantités d’énergie libérée sont très importantes, ce qui pousse les scientifiques à chercher le moyen d’exploiter la fusion comme nouvelle source d’énergie durable, puisque les matières premières nécessaires sont pratiquement illimitées.

​Le principe physique

Le noyau des atomes est composé de neutrons et protons, qui tiennent ensemble grâce à la force la plus intense de la nature : l’interaction forte, responsable de « l’énergie de liaison nucléaire ». Cette énergie peut être libérée de deux façons :

  • soit en cassant des noyaux lourds : c'est ainsi que fonctionne une centrale nucléaire actuellement ;

  • soit en fusionnant des noyaux légers : ce qui se passe dans les étoiles


Dans des conditions de température extrême (des millions de degrés Celsius), la matière se présente sous forme de plasma : ni solide, ni liquide, ni gazeuse, la matière est comparable à une « soupe » où noyaux et électrons ne sont plus liés, ils circulent librement. Lorsque deux noyaux « légers » se percutent à grande vitesse, ils peuvent fusionner, créant un noyau plus lourd : c’est la fusion nucléaire. Durant l’opération, une partie de l’énergie de liaison des composants du noyau est libérée sous forme de chaleur ou de lumière.

Dans le cœur des étoiles, ce sont deux noyaux d’hydrogène, composés uniquement d’un proton, qui fusionnent pour donner un noyau plus lourd : l’hélium dont le noyau contient deux protons et un ou plusieurs neutrons. Dans le Soleil, cette transformation se déroule en plusieurs étapes. Sur Terre, pour récupérer de l'énergie, les scientifiques tentent d’utiliser la fusion de deutérium et de tritium, deux isotopes de l’hydrogène (noyaux contenant un proton et un ou deux neutrons). Cette réaction donne elle aussi naissance à un noyau d'hélium très chaud, et libère un neutron de grande énergie.




Enjeu :
créer et maintenir
un plasma de fusion sur Terre

Pour imaginer récupérer de l’énergie à partir de la fusion nucléaire, il faut être capable de créer des conditions physiques similaires à celles des étoiles, et atteindre des températures de 150 millions de degrés (dix fois la température interne du Soleil). Ce défi scientifique et technologique posé aux chercheurs représente un important enjeu stratégique : la fusion pourrait devenir une nouvelle ressource d’énergie illimitée, sans risque majeur, et sans déchets hautement radioactifs à stocker.


Zoom sur...

Le tokamak

À la fin des années 1960, la communauté scientifique - à commencer par les scientifiques russes, qui furent précurseurs - est parvenue à développer une machine capable de contenir le plasma dans une enceinte fermée et à le chauffer pendant une fraction de seconde : le tokamak.

En forme d'anneau (ou « tore »), les particules qui y sont injectées subissent des champs magnétiques si intenses qu’elles restent maintenues dans la partie centrale de l’anneau, sans contact avec les parois. Leur chauffage est assuré par différents moyens : l’injection de matière chaude et le chauffage par ondes sont les plus utilisés actuellement. Il existe d’autres façons de faire la fusion, par exemple en employant des faisceaux lasers intenses qui compressent une microbille contenant le mélange deutérium-tritium.

Infographie : Le tokamak de fusion nucléaire




R&D :
améliorer les technologies
pour réussir à mettre
le Soleil en boîte

De nombreux organismes de recherche, à travers le monde, étudient la fusion. L’expérience d’envergure de cette thématique, le projet Iter, requiert des partenariats internationaux, pour compléter les expérimentations menées à plus petite échelle à travers le monde.

Le but du réacteur est de pouvoir récupérer en continu suffisamment de puissance issue des réactions de fusion pour assurer, d’une part, le fonctionnement du réacteur et, d’autre part, la fourniture en électricité.

Le CEA, au sein d’Euratom, dispose d’un tokamak : Tore Supra, situé sur le centre de Cadarache. Cette machine, dans le contexte européen, a pour objectif d’étudier la production et le maintien de plasmas performants (c’est-à-dire présentant un certain niveau de température et de densité) pendant des temps longs. Pour cela de nouvelles technologies y ont été déployées :

  • l’utilisation de « câbles supraconducteurs », pour créer des aimants qui vont confiner le plasma en continu ;

  • l’utilisation de micro-ondes pour chauffer et générer du courant dans le plasma ;

  • la mise en place d’éléments de première paroi situés immédiatement autours du plasma refroidis et capables de supporter de haut flux de chaleur.


Tore Supra détient le record du monde de durée d’un plasma performant, parfaitement maîtrisé, pendant 6mn30. La machine européenne JET, la plus grande du monde, située à Culham (Angleterre), à laquelle participe les équipes du CEA, détient quant à elle le record mondial de « puissance fusion » (16 MégaWatt pendant 1s, 1 mégawatt correspond à près de vingt mille ampoules allumées en même temps). Tous les résultats innovants fournis par ces machines ont été intégrés dans la construction du tokamak Iter.


ReportageTokamak Tore-Supra : l'énergie de fusion
  • Vue générale de Tore-Supra
    Crédits photo : P.Stroppa/CEA / Date : 27 mars 2008 / Lieu : CEA Cadarache
    Vue générale de Tore-SupraAfficher en plein écran
  • Maintenance du tokamak
    Inspection des Anneaux de Garde module 4 lors d'opérations de maintenance.
    Crédits photo : P.Stroppa/CEA / Date : 27 juillet 2009 / Lieu : CEA Cadarache
    Maintenance du tokamakAfficher en plein écran
  • Maintenance du tokamak
    Vue de l'enceinte plasma de Tore-Supra depuis le module 3. Inspection antenne Cyclotronique Ionique A2-Q5, lors d'opérations de maintenance.
    Crédits photo : P.Stroppa/CEA / Date : 27 juillet 2009 / Lieu : CEA Cadarache
    Maintenance du tokamakAfficher en plein écran
  • Maintenance du tokamak
    Inspection du LPA (Limiteur de Protection des Antennes) module 3, lors d'opérations de maintenance.
    Crédits photo : P.Stroppa/CEA / Date : 27 juillet 2009 / Lieu : CEA Cadarache
    Maintenance du tokamakAfficher en plein écran
  • Tokamak Tore-Supra : l'énergie de fusion
    Tore-Supra utilise des ondes (40-80MHz) pour chauffer les ions du plasma. Les ondes sont créées par des générateurs et acheminées jusqu'à l'enceinte à vide par des liaisons coaxiales (tubes jaunes) et ensuite transmises au plasma par des antennes.
    Crédits photo : P.Stroppa/CEA / Date : 27 mars 2008 / Lieu : CEA Cadarache
    Tokamak Tore-Supra : l'énergie de fusionAfficher en plein écran
  • Bobine supraconductrice du tokamak
    Bobine supraconductrice de rechange pour Tore-Supra. La bobine en elle-même est logée à l'intérieur de la structure métallique qui est une enceinte de refroidissement avant d'être insérée dans le cryostat.
    Crédits photo : P.Stroppa/CEA / Date : 27 mars 2008 / Lieu : CEA Cadarache
    Bobine supraconductrice du tokamakAfficher en plein écran




Et demain ?

Jusqu’à maintenant, les recherches menées ont permis aux scientifiques de mieux comprendre les plasmas, de les maîtriser et d’en augmenter les performances énergétiques. Ces thématiques regroupent aussi bien l’infiniment petit (compréhension du comportement de la matière qui nous entoure) que l’infiniment grand.

Le Tokamak international Iter, à proximité du centre CEA de Cadarache, est une nouvelle étape qui succède à une longue lignée de machine. Elle est la première installation à réunir toutes les conditions pour obtenir et étudier un plasma en combustion, c’est-à-dire d’un plasma dominé par les réactions de fusion. La suite, avec la conception de futurs réacteurs comme Demo, en intégrant de nouveaux concepts de matériaux de bord et la fourniture de tritium in situ, devrait mener, en délivrant pour la première fois du courant électrique, à la naissance d’une nouvelle filière énergétique : l’énergie nucléaire de fusion.

Les défis technologiques posés par la fusion nucléaire sont énormes : le cryomagnétisme, le contrôle-commande du plasma et de la machine en temps réel ; concevoir des matériaux de paroi capables de supporter des hauts flux de chaleur et la percussion de neutrons ; intégrer à ces matériaux du lithium, pour assurer l’auto-alimentation du réacteur…

Afin de développer une exploitation industrielle de la fusion, les limites, risques ou verrous technologiques à surmonter pour la construction de réacteurs à fusion sont déjà identifiés : la maintenance de l’ensemble, le vieillissement, la tenue des matériaux de structures et la gestion des déchets radioactifs de la première paroi…

De nature différente, toutes ces problématiques sont déjà présentes dans la filière nucléaire actuelle (qui exploite la fission nucléaire), et déjà en cours d’étude pour une exploitation industrielle de la fusion nucléaire. Diversifier nos ressources énergétiques permettra ainsi d’assurer l’approvisionnement énergétique des pays et de trouver des alternatives aux énergies fossiles carbonées (pétrole, gaz, charbon…), qui constituent encore l’essentiel de l’énergie consommée sur Terre.







Notions clés

  • Fusion de noyaux
    = Obtention d’un noyau plus lourd + dégagement d’énergie
    Réaction à peu près analogue à ce qui se déroule dans le cœur des étoiles.

  • Plasma
    État de la matière, où les électrons ne sont plus associés aux noyaux. Le plasma peut s’obtenir en chauffant fortement un gaz.



AnimationLa réaction de fusionAfficher en plein écran

Le lanceur n'a pu être chargé



Vidéofusion(s)



Notions clés

  • Tokamak
    Machine en forme de tore ou anneau dans laquelle on maintient et chauffe un plasma pour produire des réactions de fusion. Le mot « tokamak » vient de « Toroidalnaya Kamera Magnitnymi Katushkami », qui se traduit par « chambre magnétique toroïdale ».

  • Défi des tokamaks
    Réaliser un réacteur à fusion

  • Outils de recherche
    au CEA pour la fusion
    Tokamak et lasers