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DECRYPTAGE - L'OEIL DE L'EXPERT

Réchauffement et urgence climatique : + 1,5 °C avant 2040 !


A l’occasion de la COP 26, qui se tient à Glasgow jusqu'au 12 novembre 2021, Valérie Masson-Delmotte, paléo-climatologue CEA au Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement revient sur les conclusions du rapport du groupe de travail 1 du Giec dont elle est co-présidente, dévoilé le 9 août dernier.


Publié le 5 novembre 2021

« Nous sommes devant une situation de rupture : le changement climatique affecte toutes les régions du monde et il s’intensifie », avertit Valérie Masson-Delmotte, paléoclimatologue au LSCE et coprésidente du groupe de travail 1 du Giec. La température moyenne globale1 ne cesse de croître depuis la période préindustrielle de 1850-1900. Son élévation atteint désormais 1,1°C, pour la décennie qui vient de s’écouler. Et chacune des quatre dernières décennies a été successivement la plus chaude depuis au moins 2000 ans !

L’impact des activités humaines

Depuis le précédent rapport du groupe 1 en 2013, les sciences du climat se sont enrichies d’avancées considérables : reconstitutions plus fines du climat passé, réseaux d’observations plus complets, amélioration des modèles de climat, meilleure compréhension des processus (comme les effets sur le cycle de l’eau), réduction des incertitudes. Si bien que les climatologues disposent aujourd’hui d’une image plus claire du fonctionnement du climat ; et concluent que le réchauffement en cours est, sans ambiguïté, intégralement imputable aux activités humaines . « Ni les facteurs naturels seuls (activité du soleil, des volcans), ni la variabilité spontanée du climat n’ont un rôle significatif sur l’accumulation de chaleur à l’échelle planétaire depuis la fin du XIXe siècle », précise Valérie Masson-Delmotte.

VidéoCOP 26 : interview de Valérie Masson-Delmotte

En cause, les gaz à effet de serre libérés dans l’atmosphère par l’utilisation d’énergies fossiles (à hauteur de 80-90 %) et par le changement d’usage des terres (déforestation, destruction de tourbières). Et cela, même si cette influence est atténuée d’environ un tiers par l’effet refroidissant des particules de pollution, par ailleurs néfastes pour la santé humaine. Le principal contributeur est en réalité le CO2. « Il y a une relation quasi linéaire entre le cumul des émissions humaines de gaz carbonique depuis la révolution industrielle et le niveau de réchauffement », indique l’experte. Le méthane, dont la concentration a considérablement augmenté au cours de la dernière décennie, tiré à la hausse par l’utilisation des énergies fossiles et certaines activités agricoles, tient le second rôle. Bien que sa concentration dans l’atmosphère soit plus faible et sa durée de vie plus courte, de l’ordre de la décennie, il induit un fort effet de serre. En modifiant la chimie de l’atmosphère, il entraîne de surcroît une augmentation de la teneur en ozone près de la surface. D’où un intérêt à réduire rapidement ses émissions, entraînant un double effet, sur la qualité de l’air et sur le réchauffement.

Cinq scénarios socio-économiques

Mais, prévient Valérie Masson-Delmotte, « quoique que nous fassions aujourd’hui, nous n’éviterons pas un monde à +1,5°C dans les 20 ans à venir ». Un monde dans lequel les conséquences que l’on observe déjà, à +1,1°C, se seront aggravées. Flore, faune, agriculture, zones littorales… rien n’y échappe. « La saison de croissance des plantes s’est déjà allongée dans la plupart de l’hémisphère nord », illustre la climatologue. Et la relation est désormais clairement établie entre la hausse de la température globale et les évènements extrêmes (vagues de chaleur, pluies torrentielles, cyclones tropicaux, sécheresses), plus fréquents et plus intenses. « Chaque incrément de réchauffement, autrement dit chaque tonne de CO2 supplémentaire émise dans l’atmosphère, provoque une intensification de ces effets. » A l’échelle mondiale, les pluies torrentielles sont par exemple 7 % plus intenses par degré de réchauffement.

Mais il est encore possible d’agir, et c’est le message fort du Giec, pour au moins contenir ce réchauffement en dessous de 2°C. Pour établir leurs conclusions, les experts ont examiné la réponse de la machine climatique à cinq scénarios socio-économiques, caractérisés par des émissions de gaz à effet de serre très contrastées. « Le scénario selon lequel les émissions de gaz à effet de serre stagnent au niveau actuel pendant quelques décennies conduirait à un réchauffement qui dépasserait 2°C autour de 2050, et 3°C après 2100. Au-delà de 2°C, même en Europe, les extrêmes de chaleur atteindraient fréquemment des seuils de tolérance critiques pour l’agriculture et la santé humaine », affirme la climatologue.

A l’opposé, le scénario d’action immédiate, ambitieuse, dans lequel les émissions de CO2 atteignent un net zéro mondial d’ici 30 ans, conduirait à dépasser temporairement et de manière limitée un niveau de réchauffement de +1,5°C, en restant largement en-dessous de 2°C. A condition d’engager des actions de grande échelle pour réduire immédiatement et chaque année les émissions de tous les gaz à effet de serre.

VidéoGouvernance et stratégie de la transition énergetique


Des changements sans précédent

  • La teneur en CO2 dans l’atmosphère est la plus élevée depuis au moins 2 millions d’années
  • La montée du niveau des mers s’accélère, et est la plus rapide depuis au moins 3 000 ans
  • Le niveau de glace de mer arctique est le plus réduit depuis au moins 1 000 ans
  • Un recul généralisé des glaciers est observé, sans précédent depuis au moins 2 000 ans.

Une hausse du niveau de la mer irréversible

Quoi qu’il en soit, les composantes lentes du climat sont déjà largement perturbées, et ce de manière irréversible. La fonte des calottes polaires, la montée des eaux (due à la dilatation de l’océan qui se réchauffe et à la fonte des glaciers et calottes) et l’acidification de l’océan profond (liée à l’absorption du CO2) se poursuivront pendant des centaines d’années, voire sur des millénaires. Les projections sont vertigineuses : dans le meilleur des cas, les experts évaluent que l’élévation du niveau moyen des mers serait d’au moins 50 cm en 2100 (par rapport à 1900) et de plusieurs mètres en 2300. Avec des émissions de gaz à effet de serre qui seraient en forte augmentation, les chiffres s’envolent : près d’1 m en 2100, et entre 2 et 7 m en 2300, voire davantage en cas de déstabilisation rapide de certains secteurs de l’Antarctique. « Mais on peut encore ralentir ce rythme. Une montée graduelle laissera plus de temps pour adapter tous les littoraux, plaide Valérie Masson-Delmotte. Nous sommes dans une période cruciale, car l'ampleur du réchauffement à venir dépendra des choix et des actions d'aujourd'hui ».

Seule une initiative coordonnée, forte et rapide de tous ­- Etats, mais aussi collectivités, entreprises, citoyens - ­ sortira le climat de cette spirale. Six ans après les accords de Paris de 2015 signés lors de la COP21, le constat est que les récents engagements pris par les pays à horizon 2025-2030 ne seront pas suffisants pour en atteindre les objectifs2. Et la perspective de limiter le réchauffement à un niveau proche de 1,5°C s'éloigne...

Le Groupe de travail 1 en chiffres

  • 234 auteurs en provenance de 65 pays
  • Plus de 14 000 publications scientifiques citées 
  • Plus de 78 000 commentaires d’experts et de gouvernements.
  • 6 chercheurs du LSCE impliqués : Pascale Braconnot (CEA), Nada Caud (CEA), Valérie Masson-Delmotte(CEA, coprésidente du Gr 1), Jérôme Servonnat (CEA), Sophie Szopa (CEA, Robert Vautard (CNRS).

1A la surface de la Terre.

2Limiter le réchauffement en deçà de 2°C, et si possible en deçà de 1,5°C.


Cet article est extrait des Défis du CEA n°245


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