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PORTRAIT DES LAUREATS

Finale du challenge 3 minutes pour une invention : zoom sur les lauréats


La finale nationale du challenge « 3 minutes pour une invention », événement organisé par le CEA pour encourager et valoriser ses inventeurs, s'est déroulée à Paris au musée des Arts forains, le 15 juin dernier. Quinze pitchs de 3 minutes ont été présentés devant un jury et un public impressionnés par leur originalité mais aussi par la diversité des inventions du CEA. Elles répondent toutes à des besoins en phase avec l’actualité : énergies renouvelables, efficacité énergétique, surveillance de l’environnement, sûreté nucléaire, … Trois prix ont été décernés par un jury d’experts. Portrait des lauréats et découverte de leurs inventions.



Publié le 23 juin 2022

Le principe du challenge « 3 minutes pour une invention », organisé par le CEA auprès de ses scientifiques ? Présenter en 3 minutes – et pas une seconde de plus – son invention de manière ludique et pédagogique, en la rendant accessible au plus grand nombre.

La finale nationale : une première

Proposé depuis 2016 au centre CEA de Cadarache, situé près d’Aix-en-Provence, le challenge « 3 minutes pour une invention » – 3'PI – n'est donc pas une nouveauté. Mais c’est la première fois qu’il se déroule à l’échelle nationale. Une initiative saluée par Laurence Piketty, présidente du jury et administrateur général adjoint du CEA, en ouverture de la finale qui se déroulait le 15 juin dernier au musée des Arts Forains à Paris. « Ce challenge est un levier permettant de détecter des innovations prometteuses, souligne Laurence Piketty. Il a aussi un rôle de projecteur pour mettre en visibilité les scientifiques du CEA qui s'investissent dans l’innovation. »

Montrer la diversité de la recherche et de l’innovation au CEA

Les 15 candidats ou duos de candidats en lice pour la finale nationale ont déjà relevé le défi car ils ont tous remporté l'une des 5 finales locales qui se sont déroulées au printemps dernier dans plusieurs centres CEA. « Leurs inventions dans l'énergie, la santé, la microélectronique ou encore la cybersécurité montrent la diversité de ce qui se fait au CEA. C'est très impressionnant », relève Laurence Petit, directrice déléguée à l'innovation, aux start-up et aux participations.

Le jury, composé de 5 représentants du CEA et de 5 invités experts de l’innovation, a été séduit par les 15 prestations, au point de faire durer le suspense pendant les délibérations. In fine, ils distinguent 6 candidats avec seulement 3 prix : un premier binôme pour le prix du transfert technologique ; un second pour le prix de l’impact sociétal. Et 2 candidats ex æquo pour le prix de la communication.

Mission accomplie pour François Templier et Marc Rabarot, prix du transfert technologique

François Templier et Marc Rabarot

Les deux ingénieurs-chercheurs du CEA-Leti de Grenoble, lauréats du prix du transfert technologique, sont les ultimes candidats à monter sur scène pour présenter leur micro-écran éblouissant. Musique du film Mission impossible, lunettes de soleil sur le nez, compte à rebours déclenché… entre eux, une complicité est palpable. Une complémentarité aussi. L'un est impétueux, l'autre plus tempéré, et le duo fonctionne à merveille.

Une longue carrière au CEA

Il faut dire que François Templier et Marc Rabarot se connaissent depuis une quinzaine d'années, voire plus, ils ne savent plus. Le premier, responsable du programme sur les écrans au Leti, est entré il y a 24 ans au CEA, « dans le domaine des écrans dès le début, précise-t-il. Avant, j'ai eu une expérience industrielle mais j'étais frustré car l'innovation n’aboutissait qu'à de petits changements. Quand j'ai eu connaissance de la recherche appliquée qui se faisait au Leti, j’ai été tout de suite séduit. » Depuis, aucun regret, que du bonheur, innovations de rupture à l'appui. « C'est ça qui me plaît. » Le second travaille au sein de la plateforme technologique du Leti où il est arrivé en 1985, « mais je suis rentré au CEA en… 1981, ajoute-t-il après avoir un peu hésité sur la date. C'était mon objectif. Quand j'étais jeune, le CEA de Grenoble avait une aura incroyable. Et comme je voulais faire de la recherche… Depuis je dépose des brevets et je ne m'en lasse pas. » En général, ils se côtoient professionnellement à cause d'une problématique. « Quand un département applicatif du Leti bloque sur le procédé, il a recours à la plateforme technologique qui a les manettes pour le fabriquer, explicite François Templier avant de simplifier. Quand j'ai une idée, je vais voir Marc pour savoir si elle est réalisable. »

Un duo au travail comme à la scène

Sur la forme, la démarche pour participer à « 3 minutes pour une invention » s'est déroulée un peu de la même façon. François a eu l'idée. « Et c'est lui qui est venu me chercher, confirme Marc. Je n'aurais jamais participé sinon. C'est compliqué pour nous de sortir d'une présentation technique complexe et plutôt austère devant un public expert pour la rendre accessible à tous en se mettant en scène. » Mais il a cédé.

C'est d'ailleurs lui qui a trouvé l'idée de la mise en scène en mode Mission impossible… « Je connaissais ses talents d'acteur de théâtre, sourit François. Je savais qu'il pouvait apporter une touche d'originalité à la présentation. » Marc minimise avec humilité pour associer le troisième inventeur, Lamine Benaissa, qui depuis a fondé une start-up, WORMSENSING. « Lamine, que l’on surnomme « « IPMan », celui qui fait les brevets », a collaboré en montant la vidéo, précise-t-il. Sans lui, nous n’aurions pas cette réussite globale, de l'invention jusqu'à ce challenge primé. Finalement, j'ai beaucoup apprécié ce pas de côté. Cela m'a changé les idées et cela m'a ouvert des portes. »

Un micro-écran éblouissant

François Templier et Marc Rabarot ont mis au point un micro-écran qui combine ultrabrillance et finesse d'image, pour équiper des lunettes à réalité augmentée et permettre de voir des informations digitales. « Jusqu'alors, un verrou technologique ne permettait pas d'augmenter la résolution. Ces micro-écrans présentaient une faible qualité d'image à cause de trop gros pixels, rappelle François Templier. Notre invention a permis de lever ce verrou vers des pixels de taille submicronique (inférieure au micron), c’est-à-dire inférieure au diamètre d'un fil de toile d'araignée. » Le brevet a été déposé en 2015. Un industriel a rapidement manifesté son intérêt. « Nous travaillons depuis avec lui pour monter en maturité. Il est maintenant sur le point de passer à un transfert industriel », conclut François.

L’efficacité énergétique de Bertrand Chandez et Hai Trieu Phan, prix de l’impact sociétal

Bertrand Chandez et Hai Trieu Phan

Les deux chercheurs du CEA-Liten viennent tout juste de recevoir le prix de l'impact sociétal mais ils ne réalisent pas vraiment encore. Bertrand Chandez, 30 ans, peine à trouver ses mots. Hai Trieu Phan, 37 ans, vient avec tact à sa rescousse pour combler les blancs. Le binôme est solidaire. Tous les deux sont experts dans les systèmes solaires et thermodynamiques et travaillent dans le laboratoire éponyme de l'INES à Chambéry.

Passionné par les énergies

Hai Trieu Phan, revenu il y a 5 ans au CEA, pilote des projets sur la thématique des machines à absorption qui produisent du froid avec du chaud. « J'ai d'abord fait ma thèse au sein du CEA, relate ce passionné par les énergies et conscient de leur impact sociétal et environnemental. Ensuite, je suis parti dans l'industrie pour développer des turbines hydrauliques. C'est le solaire qui m'a donné envie de revenir au CEA. » De son côté, Bertrand Chandez est entré au CEA il y a 8 ans. « Le domaine des énergies m'intéressait, dont les énergies renouvelables », admet-il sans entrer dans le détail.

C’est pas sorcier !

En revanche, à l'évocation de leur mise en scène pour la finale de « 3 minutes pour une invention » qui a transporté une partie du public devant un écran de télévision des années 1990-2000, il se dévoile particulièrement loquace. « Dans mon enfance, j'ai dû voir tous les épisodes de C'est pas sorcier. Ils m'ont donné envie d'aimer la science et en termes de vulgarisation scientifique, l'émission est pionnière en France. » Sur la scène, les deux chercheurs ont autant assuré que les présentateurs Fred et Jamy et leur démonstration à l'aide d'un paperboard aimanté a fait mouche. « C'est Bertrand qui s'en est occupé », précise Hai Trieu en souriant. « C'est un peu nous deux, corrige son acolyte. Cela s'est déroulé comme un projet habituel, on a eu des idées, on a fait des tests, on a eu des problèmes, on a fait des modifications puis on a refait des tests… » La routine scientifique en quelque sorte, mais à l'arrivée, cette dernière leur a fait faire un joli pas de côté dans la lumière. « Ce prix est une reconnaissance qui rend visible notre travail méconnu et récompense le travail de toute une équipe », concluent les deux chercheurs.

Faire du froid avec du chaud

La machine à absorption de Bertrand Chandez et Hai Trieu Phan permet de produire du froid avec du chaud en utilisant de l'énergie thermique. En valorisant la chaleur fatale issue de l'industrie, c’est-à-dire la chaleur produite indirectement par de nombreux sites industriels ou incinérateurs de déchets, « la consommation électrique est réduite jusqu'à 20 fois par rapport à des machines frigorifiques standards », argumente Bertrand Chandez. Les deux inventeurs ont mis au point un générateur de vapeur d'ammoniac de grande pureté pour gagner en performance et en compacité. « Dans cette machine à absorption, nous utilisons le couple de fluides ammoniac/eau, avec l’ammoniac qui joue le rôle de réfrigérant et l’eau qui joue le rôle de « transporteur » explique Hai Trieu Phan. Et plus l’ammoniac est pur (avec le moins de traces d’eau possible), meilleure est la performance car il permet de produire plus de froid avec la même quantité de chaud en entrée. « Cette machine peut contribuer à l'efficacité énergétique pour la décarbonation de l'industrie et trouver sa place dans le contexte du réchauffement climatique », ajoute Bertrand Chandez.

L'art de vendre une invention par Sylvain Broussard, prix de la communication

Sylvain Broussard

Le chercheur aurait pu faire une carrière dans l'audiovisuel ou dans le commerce. Sur scène, l'animateur télé vend son produit EMMA avec aisance et persuasion ce qui lui vaut de décrocher le prix de la communication.

Inventer, une source principale de motivation

Mais c'est au CEA que Sylvain Broussard, 38 ans, travaille depuis près de 20 ans. « J'ai fait mon alternance à Saclay dans la bio-informatique puis j'ai été embauché en tant qu’automaticien sur les grands instruments de recherche fondamentale du CEA-Irfu. » En 2011, il rejoint le centre CEA de Marcoule à la direction des énergies pour prendre en charge le contrôle-commande et la visionique de plusieurs plateformes d’essais. Depuis, ses fonctions ont évolué au sein de l’institut ISEC du CEA. « Aujourd'hui, je fais surtout de la mécatronique, nouveau métier qui combine des compétences en mécanique, électronique, automatique et informatique en temps réel, dans le but de développer et piloter des systèmes complexes. Le contexte de recherche scientifique et industriel du CEA, et encore plus dans un environnement complexe, se prête bien à cela. »

Inventer des objets et voir leurs applications concrètes est sa principale source de motivation. « J'observe les problématiques de mes collègues chercheurs. Je pars de zéro, je crée une invention et je facilite leur quotidien. EMMA est déjà utilisée en interne, se réjouit ce passionné qui adore aussi communiquer sur son travail. Dans mon laboratoire, on fait régulièrement appel à moi pour échanger avec des visiteurs comme par exemple des lycéens ou des étudiants. »

La communication audiovisuelle

Inventif, passionné, communiquant… Avec un tel profil, participer au challenge « 3 minutes pour une invention »  s'est imposé à lui comme une évidence. « Ce qui m'intéressait surtout, c'était de relever le défi de « vendre » une invention en 3 minutes. » Attiré par l'audiovisuel depuis toujours, il pense naturellement à la vidéo qu'il pratique en amateur. « J'ai pas mal mûri le projet, j'ai trouvé des acteurs et c'est devenu une parodie de téléachat, sourit-il avant de conclure.

Automatiser la mesure

EMMA signifie équipement de mélanges et de mesures automatisées. « Il a été développé dans le domaine de la recherche nucléaire pour travailler dans des enceintes de confinement où l'on fait beaucoup de chimie. L'idée était d'inventer un appareil qui puisse faire des prélèvements et des analyses de manière automatisée et ainsi de réduire les volumes de matières premières et les délais », raconte Sylvain Broussard. L'appareil de mesure, compact et léger, complètement manipulable avec des pinces de télé-opérations, permet de prélever quelques microlitres de solution, une quantité bien inférieure aux dispositifs existants, et de réaliser le mélange des réactifs nécessaires pour mener à bien le protocole d’analyse. Il peut mesurer ensuite la concentration des éléments contenus dans l’échantillon et son acidité, puis se rincer tout seul.

Les talents de conteur de Laurent Hourdin, prix de la communication ex æquo

Laurent HourdinL'ingénieur-chercheur est le seul lauréat d'un centre d'applications militaires du CEA. Laurent Hourdin, 50 ans, travaille au centre CEA de Cesta. Mais ce n'est pas là que La bougie magique, dont l'histoire animée a remporté le deuxième prix ex aequo de la communication, est née. « Le prix vient couronner l'invention d'un réacteur à plasma froid qui a été prototypé lorsque je travaillais au centre CEA de Gramat dans le Lot », précise le lauréat qui a travaillé dans différents centres du CEA et deux ans au Royaume Uni.

Rendre son innovation plus visible

Créer et innover fait partie de l'ADN de ce scientifique qui adore déposer des brevets. Participer au challenge « 3 minutes pour une invention »  s'est présenté à lui comme une opportunité. « La direction des applications militaires du CEA n’a pas pour objectif premier de valoriser les brevets, ce n'est pas son rôle, rappelle l'ingénieur. L'événement était une occasion de rendre mon invention visible, de la valoriser et de toucher des industriels. »

Toutes les facettes de la création

Comme le cinquantenaire est aussi un créatif qui utilise toutes les formes d'expressions « excepté la musique », il n'a eu aucun mal à s'investir dans le projet. Laurent Hourdin a imaginé une histoire, réalisé lui-même les dessins et monté une vidéo animée en prenant le soin d'y ajouter des private jokes pour glisser une touche d'humour. Elles ont fait mouche dans le public. « Je voulais quelque chose d'original qui m'appartienne complètement. Et puis, raconter une histoire me permettait aussi de faire une pirouette pour ne pas expliquer comment marche le réacteur à plasma froid, avoue-t-il. C'est impossible en 3 minutes ! »

Si toute la partie créative lui a pris du temps – mais du bon temps - les trois minutes sur scène ont été rapides mais très éprouvantes. « Je me suis fait violence », lâche-t-il en dévoilant son stress. Et maintenant ? « Je continue à développer mon produit. Et j'en ai d'autres en tête. »

La bougie magique

C’est un un réacteur à plasma froid possédant un design innovant pour traiter des effluents gazeux. La plus-value du design proposé permet de diminuer le libre parcours moyen des réactifs et de contraindre les gaz à traiter, à traverser la zone de décharge. Les champs d’application sont multiples : conversion des dérivés pétroliers, formation d’hydrogène à partir de méthane ou encore stations de traitement de CO2 des sous-marins, voire applications dans le domaine de lutte contre les menaces NRBC -E (nucléaire, radiologique, biologique, chimique – explosifs)… « On peut s'en servir pour stériliser des produits de santé mais à chaque champ d'application, il y a des réglages particuliers à faire », complète l'inventeur. Une version industrialisable est d’ores et déjà à l’étude.


Propos recueillis par Anne-Flore Hervé

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