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Résultat scientifique | Imagerie médicale

Une image TEP vaut parfois mieux qu'un long discours


​Des chercheurs du SHFJ ont pu mettre en évidence pour la première fois chez l’Homme la distribution cérébrale du glyburide, un candidat médicament aux propriétés neuroprotectrices. Dans le cadre d’une étude clinique, ils ont réalisé des examens TEP-IRM permettant de mesurer de manière non-invasive les concentrations de l’analogue radiomarqué de la molécule (11C-glyburide) dans le cerveau.

Publié le 11 juin 2019

​Le glyburide (ou glibencamide) est un médicament utilisé depuis les années 60 dans le traitement du diabète de type 2. Il favorise la libération de l’insuline en inhibant les récepteurs aux sulfonylurées de type 1 (SUR1) localisés dans le pancréas. On retrouve SUR1 également au niveau cérébral où cette protéine est fortement surexprimée par les cellules en souffrance, comme lors d’un accident ischémique. Ces toutes dernières années, plusieurs études réalisées chez l’animal comme chez l’Homme tendent à montrer le rôle bénéfique du glyburide comme neuroprotecteur au cours des accidents ischémiques cérébraux. Cela sous-entend que le glyburide est capable de passer la barrière hémato-encéphalique (BHE) pour exercer ses effets centraux. Pourtant, les études précliniques suggèrent que le glyburide passe excessivement mal la BHE saine. Mais qu’en est-il chez l’Homme ?

Il se trouve qu’une équipe du SHFJ a développé l’analogue radiomarqué au carbone-11 du glyburide (11C-glyburide) comme sonde d’imagerie TEP[1] pour explorer l’importance de certains transporteurs membranaires sur la distribution tissulaire de cette molécule[2]. En collaboration avec le centre de recherche clinique de l'hôpital Bicêtre, l’équipe a réalisé les premières images corps-entier de la distribution du 11C-glyburide chez des volontaires sains sur un système hybride TEP-IRM. Cet appareil est particulièrement intéressant pour la recherche en pharmacologie car il permet, en un seul examen, d’étudier la cinétique du radiotraceur dans les organes d’intérêt et dans les régions cérébrales, qui sont parfaitement définies grâce à l’IRM, avec un minimum d’exposition aux rayonnements.

​Biodistribution du glyburide marqué au carbone 11. Images PET du corps entier (A), du cerveau (B) et PET-IRM (c) obtenues chez un sujet sain de 30 ans après injection intraveineuse de 11C-glyburide. Pour en savoir plus, consultez l'article sur le site Neurology : https://n.neurology.org/content/92/17/813.long © Neurology.org

Les toutes premières images, publiées dans le journal Neurology, montrent clairement que le passage cérébral du glyburide au travers de la barrière hémato-encéphalique des sujets sains est négligeable. Cela conforte l’hypothèse selon laquelle une rupture locale de la BHE est nécessaire pour que le glyburide s’accumule et exerce ses effets neuroprotecteurs. Cette distribution cérébrale « ciblée », qui avait été montrée chez des modèles animaux d’accident ischémique, présente l’avantage de préserver les tissus sains vis-à-vis de toute exposition au médicament. L’imagerie TEP, qui permet d’étudier la distribution tissulaire de certains médicaments chez l’Homme, apporte ici des informations particulièrement convaincantes sur la singularité de la neuropharmacocinétique du glyburide.


[1] Tomographie par émission de positons
[2] Projet IsotoPK : Imagerie fonctionnelle des transporteurs SLCO (Solute Carrier O) chez l'Homme : implication dans la variabilité d’élimination et de distribution tissulaire des médicaments (ANR-16-CE17-0011)
 


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