L'Espace de travail global (ou Global WorkSpace en anglais, GWS) est une des grandes théories sur le traitement conscient des informations par le cerveau. Elle explique comment nous devenons conscients des informations saillantes et pertinentes dans notre environnement. Chez l'adulte, les informations sensorielles sont sélectionnées puis accèdent à la conscience quand les ressources cérébrales centrales comme la mémoire de travail sont disponibles. Quand deux informations sensorielles se succèdent trop rapidement, la seconde peut échapper à la conscience. C'est le phénomène de « clignement attentionnel ». Ce mécanisme est-il déjà en place au début de la vie ?
Une équipe d'UNICOG (NeuroSpin), dirigée par Ghislaine Dehaene, a fait participer 19 bébés âgés de 4 mois à une expérience visuelle conçue pour tester leur capacité à traiter des stimuli en série : l'image centrée d'un ours en peluche était suivie, après un délai variable (400, 800 ou 1 200 ms), par celle latéralisée d'un visage. Les résultats montrent que les bébés ne détectent pas la présentation du visage si elle est faite trop tôt (400 ms après l'ours), mais la perçoivent si elle est faite plus tard (1 200 ms). À 800 ms, la détection dépend de l'hémisphère cérébral sollicité.
Ces observations ont été validées par des mesures comportementales (saccades oculaires, dilatation de la pupille) et électrophysiologiques (marquage en fréquence, potentiels évoqués).
Cette étude soutient l'hypothèse selon laquelle les bébés posséderaient un espace de travail global et seraient donc dotés d'une conscience. Ils sont capables de maintenir, intégrer et prioriser l'accès conscient des informations pertinentes, mais avec une dynamique plus lente : le clignement attentionnel dure plusieurs centaines de millisecondes chez les bébés, contre plusieurs dizaines chez l'adulte, reflétant l'immaturité des réseaux neuronaux impliqués.
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