Les Troubles du Spectre de l'Autisme (TSA) se caractérisent par des difficultés de communication sociale, des comportements restreints et répétitifs (CRR) ainsi que des atypies sensorielles. La physiopathologie de l'autisme demeure encore mal comprise et aucun biomarqueur diagnostique n'est actuellement disponible. L'électroencéphalographie à haute résolution (EEG-HR) est une méthode non invasive acquise avec une bonne résolution spatiale (128 électrodes) et une excellente résolution temporelle (fréquence d'échantillonnage élevée) qui permet d'enregistrer les différents types d'ondes cérébrales (delta, thêta, alpha, bêta et gamma) associées aux différents états de conscience et processus cognitifs. Une hypothèse physiopathologique de l'autisme repose sur l'idée d'un déséquilibre de la balance excitation/inhibition (E/I) neuronale. Dans la littérature, les puissances des oscillations bêta et gamma sont décrites comme des marqueurs indirects pouvant refléter ce déséquilibre, ce qui permet d'utiliser l'EEG, à l'échelle clinique, pour explorer cette hypothèse.
Dans cette étude, les auteurs ont suivi une approche dimensionnelle afin de savoir si les altérations de ces rythmes étaient corrélées à la sévérité des symptômes autistiques. Un total de 127 sujets avec TSA, âgés de 5 à 17 ans, dont un sous-groupe de 57 participants ayant fait l'objet d'une évaluation sensorielle, a été soumis à des enregistrements d'EEG-HR en état de repos, les yeux fermés. La puissance absolue (intensité totale du signal sans normalisation) a été extraite des bandes de fréquences bêta et gamma pour six régions d'intérêt. Des modèles de régression linéaire multiple ont été utilisés pour étudier les relations entre les puissances bêta et gamma et les dimensions cliniques des TSA, tout en contrôlant les effets de l'âge et du sexe. Les résultats révèlent une corrélation significative entre la puissance des ondes bêta au repos et les scores d'hypersensibilité et d'hyposensibilité sensorielles des sujets de l'étude. Un résultat exploratoire suggère également qu'une augmentation de la puissance gamma pourrait être associée à la sévérité des comportements restreints et répétitifs dans la région temporale droite.
Ces résultats novateurs, les premiers obtenus à l'échelle clinique mettant en évidence un lien significatif entre la puissance bêta et le traitement sensoriel atypique, méritent d'être approfondis, notamment par l'étude d'autres marqueurs électrophysiologiques permettant d'établir des profils indirects de l'équilibre E/I. Ils ouvrent néanmoins de nouvelles perspectives pour une meilleure compréhension des processus neurobiologiques et le diagnostic précoce des TSA.
Contacts : Julie Chaudet (julie.chaudet@universite-paris-saclay.fr) ; Aline Lefebvre (aline.lefebvre@universite-paris-saclay.fr )