Comprendre les corrélats neuronaux des troubles de l’humeur pour identifier de nouvelles options thérapeutiques
Pauline Favre
Mes recherches visent à
mieux comprendre les mécanismes cérébraux et cognitifs sous-jacents à :
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Le traitement et la régulation des émotions, tant dans la population générale que dans les
troubles psychiatriques, notamment les troubles de l’humeur ;
-
Les effets positifs des entraînements cognitifs ou mentaux, tels que les interventions psychosociales, les entraînements mentaux basés sur la méditation et le neurofeedback, chez ces populations.
J’utilise des
techniques d’IRM de pointe, des paradigmes cognitifs et des méthodes d’analyse avancées, comme l’IRM à ultra-haut champ, l’IRM fonctionnelle en temps réel et l’apprentissage automatique, pour améliorer le diagnostic et le traitement des troubles de l’humeur. Le
développement croissant des techniques d’IRM permet d’étudier plus précisément la
neurophysiopathologie des troubles de l’humeur et d’évaluer la
plasticité cérébrale potentiellement induite par différentes interventions thérapeutiques.
Nos travaux ont montré que le
trouble bipolaire (TB) est caractérisé, sur le plan neurofonctionnel, non seulement par une
altération des régions impliquées dans la régulation émotionnelle (fronto-limbique), mais aussi par une
connectivité anormalement élevée entre les régions impliquées dans le
contrôle cognitif (réseau du mode central, CEN) et celles impliquées dans la
surveillance de l’état interne (réseau du mode par défaut, DMN). Sur le plan neuroanatomique, nos travaux récents, menés en collaboration avec le consortium
ENIGMA, suggèrent des
altérations de la microstructure des faisceaux de substance blanche reliant ces régions chez les patients bipolaires.
Nous cherchons actuellement à évaluer si
l’imagerie cérébrale combinée à des méthodes d’apprentissage automatique pourrait améliorer le diagnostic et le pronostic du TB. Nous utilisons également l’IRM à ultra-haut champ (7T) pour affiner notre compréhension des variations de l’humeur dans le TB (projet ANR B37 T).
En parallèle, nous évaluons si des
interventions thérapeutiques structurées et spécifiques peuvent réduire ces troubles neurocognitifs et induire une
neuroplasticité à long terme. Nous avons montré qu’à l’issue d’un
programme de psychoéducation de 12 semaines, l’amélioration clinique chez les patients bipolaires est associée à une
modulation du fonctionnement cérébral et à une
réorganisation des régions cérébrales impliquées dans la régulation émotionnelle.
Récemment, les
techniques de modulation cérébrale non invasives, comme le
neurofeedback par IRMf, ont montré leur intérêt dans la prise en charge des troubles neuropsychiatriques. Nous avons démontré le potentiel de cette technique pour le traitement de divers symptômes psychiatriques, avec des effets particulièrement prometteurs sur les symptômes
dépressifs et anxieux.
Nous menons actuellement un essai clinique (PHRC-N) visant à développer et évaluer le potentiel de l’entraînement par neurofeedback en IRMf en temps réel pour améliorer la régulation émotionnelle et la symptomatologie résiduelle chez les patients bipolaires.
Combiner la neuroimagerie et la neuromodulation pour développer une psychiatrie de précision
Charles Laïdi
En tant que psychiatre et chercheur, mes travaux se concentrent sur deux objectifs principaux :
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La caractérisation des circuits cérébraux, avec un accent particulier sur le
cervelet, associés aux
conditions résistantes aux médicaments. Grâce à des
jeux de données transdiagnostiques en accès libre et à des cohortes cas-témoins, je caractérise les
mécanismes neurobiologiques sous-jacents aux symptômes résistants de la
schizophrénie, du
trouble bipolaire et de
l’autisme, tels que les
déficits d’interaction sociale, les
symptômes négatifs ou la
dépression résistante.
-
Les interventions basées sur les circuits cérébraux utilisant la
stimulation cérébrale non invasive. La
stimulation magnétique transcrânienne (TMS) et la
stimulation transcrânienne à courant continu (tDCS) offrent une opportunité de moduler les circuits cérébraux de manière
non invasive, avec des effets secondaires limités. Je développe des
essais cliniques dans les grands troubles psychiatriques, conçus pour cibler des
circuits cérébraux pré-identifiés associés aux symptômes résistants aux médicaments.
Notre groupe a étudié
l’anatomie du cervelet dans des
maladies mentales sévères comme la schizophrénie, le trouble bipolaire et l’autisme. Dans la
schizophrénie, nous avons mis en évidence une
réduction du volume du cervelet cognitif (Crus II), un résultat reproduit par d’autres équipes. Dans le
trouble bipolaire, nous avons identifié une
dysconnectivité fonctionnelle du vermis cérébelleux, connu pour son rôle dans la
régulation des émotions. Dans
l’autisme, nos résultats montrent que les
diagnostics catégoriels ne permettent pas de capturer les altérations structurelles du cervelet. Dans ce trouble, nos travaux révèlent une
connectivité fonctionnelle aberrante entre le
cervelet cognitif et les régions cérébrales impliquées dans la
cognition sociale.
Dans la continuité de ces travaux, nous étudions maintenant comment
l’anatomie structurelle et fonctionnelle du cervelet pourrait être associée de manière
dimensionnelle et transdiagnostique à la cognition et aux symptômes psychiatriques, en utilisant plusieurs
jeux de données de neuroimagerie en accès libre chez des sujets sains ou atteints de troubles de la santé mentale. En utilisant le
jeu de données Human Connectome à ultra-haut champ, nous évaluons la
connectivité fonctionnelle cérébelleuse mesurée avec des paradigmes naturalistes pour quantifier une
"empreinte anatomique individuelle". Une telle quantification, suffisamment sensible pour identifier un individu donné, pourrait représenter une
mesure optimale pour caractériser les effets de la stimulation cérébrale de manière
précise et individualisée.
Nous pensons que les
méthodes de neuromodulation, combinées à la
neuroimagerie, pourraient faire avancer la
psychiatrie de précision, en particulier pour les
conditions résistantes aux médicaments, qui concernent jusqu’à
60 % des patients. Le développement de
protocoles intensifs de neuromodulation non invasive ouvre de
nouvelles perspectives thérapeutiques prometteuses.
En lien avec notre deuxième objectif, nous allons mener un
essai clinique en double aveugle de
stimulation cérébrale par tDCS transdiagnostique ciblant le cervelet (financé par le Ministère français de la Recherche et la Fondation Bettencourt) pour atténuer les
symptômes négatifs dans la schizophrénie. Tous les patients subiront une
IRM à ultra-haut champ (7T) avant et après la stimulation cérébrale afin de
mieux comprendre les effets de la stimulation, de
prédire les résultats du traitement et de
personnaliser la cible de la stimulation.