PRÉMATURITÉ, ENVIRONNEMENT SONORE ET MATURATION DU RÉSEAU LANGAGIER
Les fœtus sont capables de percevoir des sons dès 30 semaines de gestation, une sensibilité auditive qui permet aux nouveau-nés à terme de reconnaître la voix de la maman, la langue maternelle et certaines mélodies entendues in utero. Ces capacités reposent sur des réseaux présents dans les régions temporales supérieures, notamment au niveau du STS, une région corticale clé pour le langage et la reconnaissance vocale. Cette zone est particulièrement vulnérable en cas de naissance prématurée et des altérations microstructurales de ces régions chez les prématurés sont associées à des difficultés ultérieures de langage. De plus, l'environnement extra-utérin précoce, très différent de l'environnement sonore fœtal, pourrait également influencer la maturation de ces réseaux.
Une analyse de données d'imagerie IRM du developing Human Connectome Project (dHCP), acquises à terme chez des bébés nés à différentes durées de grossesse, indique qu'il existe une relation linéaire entre la durée de celle-ci et la connectivité fonctionnelle dans la région temporale supérieure droite, ainsi qu'avec la profondeur du STS. Les auteurs ont alors émis l'hypothèse que la moindre profondeur du STS associée à une naissance prématurée pourrait résulter d'une réduction des stimulations auditives structurées durant une période critique du développement du réseau langagier.
LA MUSIQUE POUR STRUCTURER LE RÉSEAU LANGAGIER
Afin de tester cette hypothèse, les chercheurs ont exploré l'impact direct de l'environnement auditif sur la morphologie du STS chez des nouveau-nés prématurés exposés à des environnements auditifs contrastés. Ils ont analysé, à l'aide de l'algorithme BrainVISA, deux ensembles de données d'imagerie publiés, issus d'une étude contrôlée de deux environnements auditifs distincts : soit un environnement enrichi par des musiques structurées et adaptées aux rythmes veille-sommeil des bébés, soit un environnement calme obtenu en plaçant les prématurés dans des chambres individuelles pour réduire le bruit ambiant. Les analyses indiquent que l'exposition à la musique corrige l'effet de prématurité sur la profondeur du STS, tandis qu'un environnement silencieux l'accentue.
Les résultats de cette étude suggèrent que l'expérience auditive précoce, in utero comme ex utero, influence le développement des régions temporales du cerveau avec des conséquences macroscopiques. Ils soulignent en cela la nécessité d'approfondir notre compréhension des influences environnementales afin d'optimiser les conditions postnatales pour un développement harmonieux des réseaux auditif et langagier.
Contact : Ghislaine Dehaene-Lambertz (ghislaine.dehaene-lambertz@cea.fr)
Vignette: Représentation 3D du STS chez un nouveau-né à terme © Mancuso et al., Brain Struct Func, 2025