Le 11 mars 2011, un tsunami survenu sur la côte Nord-Est du Japon a provoqué un accident dans la centrale nucléaire de Fukushima. Trois des six bâtiments réacteurs de la centrale n°1 ont alors explosé, provoquant une fuite d'éléments radioactifs. Parmi eux, les isotopes de césium 134Cs et 137Cs qui ont une durée de demi-vie respective de 2 et 30 ans.
La réhabilitation d'une zone suppose généralement d'attendre 7 à 10 demi-vies par isotope, pour descendre aux alentours de 1 et 7 % du niveau de radioactivité initial, soit 14-20 ans pour le 134Cs mais plus de 300 ans pour le 137Cs. Les autorités ont donc mis en place une politique de décontamination au 137Cs pour permettre un retour plus rapide de la population.
Initiées dès 2011 dans le cadre du projet ANR Flash Japon « TOFU », ces recherches se poursuivent désormais depuis 2025 dans le cadre du laboratoire international (IRL/International Research Laboratory 2039) Mitate Lab, dont les tutelles sont le CNRS, le CEA et l'Université de Fukushima. Les équipes du MITATE Lab ont ainsi réalisé un bilan écologique et social de la région. Quinze ans après la catastrophe, ils ont évalué l'efficacité des politiques de décontamination et de réhabilitation de la zone.
Le bilan écologique, 15 ans après la catastrophe
Les chercheurs ont prélevé et analysé des échantillons de sols et de sédiments le long des rivières drainant le panache radioactif pour y mesurer la concentration de césium 137 : globalement, les résultats indiquent une baisse, allant jusqu'à -80 % en moyenne dans les sols et -90% dans les rivières qui drainent les territoires contaminés si on compare les niveaux mesurés en 2025 à ceux mesurés en 2011.
Cependant, l'analyse de séquences de sédiments accumulés dans les lacs montre que ceux-ci stockent une quantité importante de contamination transportée depuis l'amont par le ruissellement et les crues, notamment lors des typhons qui frappent fréquemment la région.
Par ailleurs, les forêts qui n'ont pas été décontaminées et qui couvrent les trois-quarts des paysages de la région contiennent encore 67% du 137Cs qui s'est déposé sur les paysages en 2011. Un résultat qui pose la question de leur devenir : ainsi, les radionucléides qui ont migré depuis la canopée et la litière vers l'horizon minéral du sol sous forêt repartent en partie vers les arbres via les racines. Par ailleurs, la décontamination des forêts qui nécessiterait de couper les arbres augmenterait les risques de catastrophe naturelle (glissement de terrain) et pourrait conduire au transfert de la contamination résiduelle vers le bas des versants et pourrait recontaminer des zones qui avaient été traitées.
Les arguments écologiques et sociaux pour choisir une méthode de décontamination
Suite à l'accident de la centrale, près de 160 000 personnes ont été contraintes de quitter la région. Les autorités ont ensuite procédé à la décontamination et à la réhabilitation de la zone en détruisant presque systématiquement le bâti existant. Cette manière de procéder a détruit toute une partie de l'écosystème et du patrimoine local.
Malgré les dispositifs proposés par le gouvernement japonais, la majorité des personnes déplacées n'est pas rentrée, quinze ans après l'accident. Il est en effet très difficile de rentrer dans une région après une telle interruption de son économie, de ses pratiques culturelles et la disparition des liens communautaires et des services publics locaux (hôpitaux, école, etc.). Dans ce contexte, une nouvelle campagne de décontamination impliquant la coupe des forêts interroge.
Le bilan dressé par le Mitate Lab confirme donc qu'un retour à la normale sera difficile. Certes, la décontamination a permis de baisser la concentration en césium dans les sols et les sédiments transférés par les rivières mais il subsiste des stocks importants de radioactivité dans les forêts et les lacs de la région. De plus, le départ des populations a eu des conséquences économiques et sociales importantes qui persistent jusqu'à aujourd'hui.