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Greffe du poumon : prédire les rejets et dysfonctionnements avec la molécule HLA-G


​​​Le CEA-Jacob est porteur d'une étude du consortium COLT qui a pour objectif d'évaluer le potentiel de la molécule HLA-G pour être un biomarqueur du rejet de greffe de poumon. Dans une publication parue dans la revue Transplantation, les équipes ont montré qu'il était possible d'anticiper le dysfonctionnement ou la perte d'un greffon grâce à un dosage précoce de HLA-G sous sa forme vésiculaire.

Publié le 9 mars 2026

​La transplantation pulmonaire reste aujourd'hui limitée par la survenue fréquente d'une dysfonction chronique du greffon (CLAD), principale cause de morbidité et de mortalité à moyen et long terme. Malgré les progrès de l'immunosuppression, il n'existe pas de biomarqueur non invasif validé permettant de prédire précocement quels patients développeront cette complication. Identifier des indicateurs biologiques fiables constitue un enjeu clinique majeur.

La molécule HLA-G dans les vésicules extracellulaires

La molécule HLA-G est connue pour ses propriétés immunomodulatrices et son association avec des états de tolérance immunitaire. Si l'expression de HLA-G au niveau du greffon pulmonaire a déjà été corrélée à une meilleure acceptation du greffon, les dosages plasmatiques de HLA-G soluble se sont révélés peu informatifs.

Les auteurs ont alors fait l'hypothèse que HLA-G pourrait constituer un reflet plus fidèle de l'état immunologique du greffon lorsqu'elle est sous sa forme vésiculaire (Les vésicules extracellulaires sont des sacs lipidiques que les cellules échangent entre elles pour transporter des informations biologiques).

Une étude clinique portée par le CEA-Jacob sur la cohorte nationale COLT

Le consortium COLT, qui réunit des équipes cliniques et de recherches françaises (CEA-Jacob, SRHI, l'Hôpital Foch, plusieurs centres de transplantation pulmonaire, Université Paris Cité), a ainsi lancé une étude sur sa cohorte nationale. Objectif : évaluer le potentiel des vésicules extracellulaires circulantes porteuses de la molécule immunomodulatrice HLA-G à être des biomarqueurs prédictifs du rejet chronique après transplantation pulmonaire.

Portée par le CEA-Jacob, les équipes de recherche ont suivi 78 patients transplantés pulmonaires, tous cliniquement stables durant la première année post-greffe. Les niveaux plasmatiques de HLA-G associé aux vésicules extracellulaires (HLA-GEV) ont été mesurés à 6 et 12 mois après la transplantation, puis corrélés à la survenue du phénotype le plus fréquent d'une CLAD, le syndrome de bronchiolite oblitérante (BOS), et à la survie du greffon à trois ans.

Une piste prometteuse pour anticiper le rejet d'un greffon de poumon

Les résultats montrent que les patients qui développeront ultérieurement une CLAD, en particulier un BOS, présentent une diminution significative des niveaux de HLA-GEV à 12 mois post-transplantation. À l'inverse, des niveaux élevés de HLA-GEV à ce stade sont associés à une probabilité accrue de maintien d'une fonction pulmonaire stable et à une meilleure survie du greffon. Cette association persiste après ajustement sur les principaux facteurs cliniques et immunologiques, faisant de HLA-GEV un facteur prédictif indépendant.

L'étude met également en évidence l'intérêt du suivi dynamique de ce biomarqueur : une baisse des niveaux de HLA-GEV entre 6 et 12 mois est spécifiquement observée chez les patients évoluant vers un BOS, suggérant que cette approche pourrait permettre une détection encore plus précoce du risque de rejet chronique.

Ces résultats soutiennent l'idée que les vésicules extracellulaires porteuses de HLA-G constituent une véritable « biopsie liquide » du greffon pulmonaire, reflétant des mécanismes de tolérance ou de rupture de tolérance immunitaire. Ils ouvrent la voie à une stratification plus fine des patients transplantés et à une adaptation personnalisée du suivi et des stratégies thérapeutiques. 


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