En absorbant davantage de carbone qu'elles n'en rejettent, les forêts européennes constituent des puits de carbone essentiels à l'atténuation du changement climatique. Elles absorbent environ 10 % des émissions de CO₂ d'origine humaine de l'Union européenne. Cependant, cette capacité tend à s'affaiblir progressivement. Si les forêts continuent de stocker du carbone, leur puits diminue d'année en année, au point de compromettre les objectifs climatiques européens fixés à l'horizon 2030.
Afin de mieux comprendre les causes de ce déclin et d'anticiper son évolution, une équipe de chercheurs a développé un modèle s'appuyant sur les inventaires nationaux transmis à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) et sur des observations satellitaires de la biomasse forestière et des perturbations affectant les forêts. Cette approche permet de simuler l'évolution de la biomasse à une résolution de 18 kilomètres sur l'ensemble de l'Europe, tout en reproduisant les observations nationales entre 2010 et 2021 avant de projeter les évolutions jusqu'en 2030.
Les perturbations à l'origine du déclin des forêts
Le modèle intègre les principaux mécanismes susceptibles d'influencer le puits de carbone :
- L'âge des forêts : une forêt mature séquestre chaque année moins de carbone qu'une jeune forêt en pleine croissance. Il y a une saturation de la biomasse au fil du temps.
- La déforestation en Europe : certaines forêts ne repoussent plus une fois coupées.
- Le stockage du carbone dans le bois mort, ainsi que les produits dérivés du bois.
- Le stress climatique : les épisodes de sécheresses et de chaleur intenses, de plus en plus fréquents, augmentent la mortalité des forêts.
- Les perturbations d'origine humaine ou naturelle.
Les résultats montrent que ni le vieillissement des forêts, qui restent globalement jeunes ni le changement des surfaces forestières (en légère augmentation en Europe), ne peuvent expliquer le déclin observé. Les effets du changement climatique sur la croissance des arbres existent, mais demeurent insuffisants pour rendre compte de l'ampleur de la baisse.
En revanche, les perturbations apparaissent comme le facteur dominant. Environ 85 % d'entre elles sont liées aux activités humaines (coupes de bois), et 15 % à des causes naturelles (tempêtes, incendies, attaques d'insectes). De 2010 à 2019, les perturbations naturelles ont plus que doublé et les coupes humaines ont modérément progressé. Leur fréquence et leur intensité ne laissent plus aux forêts le temps de reconstituer leur biomasse.
Une indispensable réduction des prélèvements de bois
Les projections sont préoccupantes. Le puits de carbone des forêts d'Europe devrait diminuer de 39% de 2010 à 2030, et rester inférieur de 27 % à l'objectif compatible avec les ambitions climatiques européennes. Sans véritable changement, entre 13 % et 18 % des forêts européennes pourraient même devenir des sources nettes de carbone.
L'étude montre également que l'initiative européenne visant à planter trois milliards d'arbres ne peut permettre de combler qu'environ 15 % du déficit du puits de carbone. Pour atteindre l'objectif fixé à l'horizon 2030, elle devrait être accompagnée d'une réduction de 28 % des prélèvements de bois entre 2025 et 2030.
Ces résultats montrent que le renouvellement des forêts par de jeunes plantations ne suffira pas à maintenir le puits de carbone. Ils soulignent au contraire la nécessité de préserver la capacité des forêts à reconstituer leur biomasse pour maintenir leur rôle clé dans l'atténuation du changement climatique.