L'immunothérapie constitue aujourd'hui une solution dans la lutte contre le cancer en agissant sur la reconnaissance des cellules tumorales par les cellules immunitaires. Cette thérapie est par exemple utilisée dans la prise en charge du cancer du rein qui présente une forte infiltration des cellules immunitaires au sein de la tumeur. Cependant, seulement 30 % des patients répondent à cette thérapie. Il est donc essentiel de mieux comprendre la diversité des cellules immunitaires présentes au sein des tumeurs afin d'identifier de nouvelles cibles thérapeutiques.
Des chercheurs du SRHI (Service de Recherches en Hémato-Immunologie) du CEA-Jacob ont permis d'identifier, au sein des tumeurs rénales, deux populations différentes de lymphocytes T CD8+, des globules blancs essentiels dans la réponse immunitaire. D'une part, les cellules exprimant PD-1, bien caractérisées, et d'autre part, des cellules exprimant ILT2, encore peu connues. En combinant cytométrie spectrale à haute dimension, transcriptomique à l'échelle de la cellule unique et analyses des récepteurs TCR sur des échantillons tumoraux de 51 patients atteints de cancer du rein, les chercheurs ont découvert que les lymphocytes T ILT2+ possèdent un arsenal de molécules nécessaires à la destruction des cellules cibles. Pourtant, ces lymphocytes ne semblent pas majoritairement dirigés contre des cellules tumorales, ils sont dits « spectateurs ». Cette observation pourrait laisser penser qu'ils jouent un rôle secondaire dans la réponse antitumorale. L'étude montre pourtant le contraire.
En effet, les chercheurs montrent que la capacité de destruction de ces cellules peut être activée indépendamment de la reconnaissance d'un antigène par le récepteur des lymphocytes T (TCR). Des expériences de coculture révèlent notamment que le récepteur activateur NKG2D permet aux lymphocytes T ILT2+ de déclencher leur activité sans passer par une reconnaissance classique des TCR. Ces lymphocytes « spectateurs » pourraient donc être mobilisés contre la tumeur sans pour autant la reconnaitre directement. Mais la tumeur dispose d'un contre-mécanisme : l'expression de HLA-G par les cellules cibles inhibe l'activité des lymphocytes T CD8+ ILT2+.
La levée du verrou HLA-G/ILT2 pourrait donc constituer une piste pour développer de nouvelles stratégies d'immunothérapie chez les patients atteints de cancer du rein.