Une étude menée par le LSCE, publiée en 2021 dans
Nature Geoscience, a mis en évidence que l'épandage de roches basaltiques concassées (roches volcaniques broyées en petits fragments ou en poudre) peut capter bien plus de dioxyde de carbone que prévu. Ce gain provient surtout de l'amélioration de la fertilité des sols, qui stimule la croissance des plantes et le stockage du CO₂ par l'écosystème. Les résultats soulignent l'importance de prendre en compte à la fois le carbone organique et inorganique dans l'évaluation de l'élimination du CO₂ par ces roches.
Dans une étude de suivi parue dans Nature Communications en 2025, les chercheurs du LSCE ont montré que cette technique pourrait contribuer de manière significative à l'atteinte des objectifs climatiques de l'Accord de Paris. Les résultats indiquent que l'application de basalte aux forêts et aux terres cultivées permettrait de tripler la séquestration de carbone par rapport à une application uniquement cantonnée aux terres cultivées. L'altération accélérée des roches représente une solution potentiellement applicable à grande échelle, sous réserve d'une validation empirique en conditions réelles, au sein des terres cultivées mais aussi en milieu forestier.
Des prévisions validées sur le terrain
Ces résultats issus de la modélisation ont été confrontés à la réalité du terrain, au sein d'une plantation chinoise de mélèzes. Les expérimentations ont confirmé que l'ajout de roches comme la wollastonite (un minéral naturel riche en calcium) influençait les émissions de CO₂, stimulait l'activité racinaire et favorisait la croissance des arbres. Les mesures montrent que la majeure partie du carbone stocké provient, là encore, du carbone organique du sol, validant les prédictions des modèles.
Enhanced rock weathering field trial in a rubber plantation,
State Key Laboratory / Tongtong Xu
En parallèle, des recherches menées dans une plantation tropicale ont montré que des résidus de traitement des sols ont permis d'améliorer à la fois la qualité des sols et le fonctionnement global de la forêt. L'ajout de la wollastonite rend le sol moins acide, facilite l'accès des plantes à des nutriments essentiels comme le phosphore et stimule l'activité des micro-organismes du sol. Cela permet au carbone de s'accumuler plus durablement dans le sol.
Ces expérimentations de terrain attestent donc que la valorisation énergétique des déchets miniers peut être utile à la fois pour lutter contre le changement climatique et pour améliorer le fonctionnement des écosystèmes forestiers. Cependant, la réduction des émissions de CO2 reste le point clé de la lutte contre le réchauffement climatique.
Une synthèse globale révèle une grande variabilité des réponses.
Parallèlement, les chercheurs du LSCE ont contribué à une synthèse mondiale des études existantes. Cette méta-analyse, publiée en 2025
Global Change Biology, révèle une forte variabilité des réponses selon les climats et les sols. Si l'altération accélérée des roches augmente en moyenne le carbone organique des sols, certaines situations montrent des effets faibles, voire négatifs. Ces résultats soulignent l'importance d'une évaluation rigoureuse et contextualisée, plutôt qu'un déploiement uniforme de la technique.
Projet C-Rock : mieux comprendre le potentiel et les limites de l'altération accélérée des roches
Le nouveau projet C-ROCK (Soil carbon responses to enhanced weathering), piloté par le LSCE, vise aujourd'hui à comprendre dans quelles conditions l'altération accélérée des roches permet de stocker durablement du carbone, et dans lesquelles elle peut au contraire entraîner des pertes. En combinant essais de terrain, observations à long terme et modélisation basée sur les processus, le projet ambitionne de fournir les bases scientifiques nécessaires pour orienter le déploiement responsable de cette solution.
Basal field trial in Central France, ClimeRock Arthur Chabot