Depuis les années 1960, le Glacier Cook, qui recouvre une partie de l'île principale de l'archipel des Kerguelen (Terres Australes et Antarctiques françaises) connait une fonte accélérée en réponse au réchauffement climatique. Le fjord de la baie de la Table, alimenté en eau et en sédiments par la fonte de glace, constitue à ce titre le réceptacle d'une archive idéale pour étudier les changements environnementaux de cette région.
Des retombées nucléaires auX pollutions anthropiques
L'analyse d'une archive sédimentaire prélevée en 2009 dans ce fjord a mis en évidence la présence de traces de retombées nucléaires. Celles-ci sont associées aux essais réalisés par la France en Polynésie entre 1966 et 1974, une observation inédite dans la partie méridionale de l'océan Indien. Cette découverte a permis de valider et d'affiner le modèle d'âge de cette séquence sédimentaire. Outre le signal du césium 137, caractéristique des retombées des essais atmosphériques, des traces de plutonium ont été détectées, avec une signature isotopique (²⁴⁰Pu/²³⁹Pu) compatible avec une contribution des essais français.
Ces résultats ont été confirmés par l'utilisation de deux techniques de référence pour l'analyse du plutonium, la spectrométrie de masse par accélérateur (AMS) et la spectrométrie de masse à plasma à couplage inductif (ICP-MS), qui ont fourni des résultats convergents. La validation de cette datation a ensuite permis de reconstituer avec précision l'évolution d'autres contaminants anthropiques sur cette île isolée.
Les chercheurs ont ainsi montré que la fonte de la calotte glaciaire Cook favorise la remobilisation du plomb d'origine anthropique. Son transfert vers le fjord, via le lac proglaciaire, a été facilité par l'intensification de la fonte. L'analyse des trajectoires des masses d'air, croisée avec celle de la signature isotopique du plomb, suggère une contamination ancienne, probablement liée aux activités industrielles en Afrique du Sud et à l'essor de l'essence plombée dans la région à partir des années 1940.
Des polluants récents transportés à l'échelle globale jusqu'aux Kerguelen
L'analyse d'une large gamme de contaminants a également révélé une contamination plus récente, apparue depuis 2001, incluant l'arsenic, le molybdène, l'antimoine ainsi que divers polluants organiques persistants (POPs). Ces derniers, notamment des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) légers et des polybromodiphényléthers (PBDE) utilisés pour ignifuger les matières plastiques et les textiles, n'ont été détectés que dans les couches sédimentaires les plus récentes (2005–2007). Leur présence renforce l'hypothèse d'un transport à longue distance, à l'échelle globale ou depuis l'Afrique du Sud.
Ces résultats qui confirment le rôle du transport atmosphérique dans la dispersion des contaminants jusqu'aux régions les plus reculées du globe pourraient être complétés à l'avenir par l'analyse d'archives sédimentaires plus récentes.